ARCHIE AND THE BUNKERS – Archie and the Bunkers On est très violent, quand on a 17 ans

(Dirty Water Records 2015)

L’album dont il est ici question, publié en fin d’année 2015, est le premier acte discographique d’un étonnant duo tout droit venu de Cleveland : Archie & The Bunkers, composé de deux frères âgés de seulement 14 et 16 ans au moment de l’enregistrement des 12 morceaux du disque. Non contents de former un groupe de garage-punk à un âge où les rédacteurs de RawPowerMag se curaient encore le nez avec appétit, Archie & The Bunkers se distinguent également par l’absence de guitare et de basse dans leur musique. Emmett, le plus âgé des deux frangins, chante et joue de la batterie, pendant que son petit frère martèle… un piano Rhodes !

Aurait-on affaire à un spécimen américain de la même race que celle des Strypes ? L’expérience nous a appris à nous méfier des jeunes surdoués, en particulier quand le tableau qu’ils nous présentent semble un peu trop parfait pour être honnête. Un rapide coup d’oeil aux notes de pochette du disque suffit toutefois à apaiser nos craintes : celui-ci est produit par l’immense Jim Diamond, responsable de la production d’innombrables disques adulés en ces pages, et a été publié par le label anglais Dirty Water Records, responsable de la publication d’innombrables disques adulés en ces pages. Difficile, en ces circonstances, de continuer à suspecter une vile entreprise capitalistico-maçonnique.

C’est peu dire que la musique produite par les deux frères fait honneur à ces parrainages (King Khan a lui aussi laissé entendre qu’ils faisaient désormais partie de ses groupes préférés). Il est en effet remarquable, étant donnés l’attirail sommaire dont disposent les deux adolescents et le genre pratiqué, que l’ennui ne s’instille jamais chez l’auditeur au cours de la demi-heure de l’album. Chacun maîtrise son instrument avec une aisance qui laisse pantois, Emmett hurle avec une morgue sidérante et l’album ne souffre d’aucun temps faible grâce à des talents d’écriture déjà bien affirmés. Si le registre est sensiblement le même tout au long du disque (à l’exception de l’instrumental final, plus serein et doté d’une belle mélodie jouée au clavier), tout concourt à garder alerte : leur complicité coule de source, leur sens de la rupture est consommé, la batterie donne une impulsion formidable aux morceaux, tandis qu’au clavier, la main gauche de Cullen joue des lignes de basse lancinantes et que sa main droite virevolte pour orner efficacement l’espace. Plusieurs morceaux ont même de véritables allures de classiques, tels « Sally Lou », « I’m Not Really Sure What I’m Gonna Do » ou la prodigieuse « You’re The Victim » (et ses paroles extraordinaires de rage et d’humour : « It’s not what it was / It’s not what it should be / I’m American but I’m not free / One day I will explode and when I do / Someone is gonna get hurt / YOU’RE THE VICTIM! »).

Archie & The Bunkers s’affirme ainsi comme l’un des disques de garage rétro (de « hi-fi organ punk », selon les termes du groupe) les plus enthousiasmants et stimulants de ces dernières années. Son énergie et sa spontanéité irrésistibles, l’originalité de sa formule et son lot de grands morceaux participent pour beaucoup de cette impression. Et puis, c’est idiot, mais une chanson d’amour frustré ou de révolte adolescente est souvent plus crédible quand elle est chantée par un gamin de 16 ans que quand elle l’est par un vieillard de 35.

 

 

Tracklisting :

  1. Sally Lou *
  2. Lady in RKO
  3. I’m Not Really Sure What I’m Gonna Do *
  4. Knifuli Knifula
  5. You’re The Victim *
  6. Different Track *
  7. Miss Taylor
  8. Austria
  9. I Wish I Could *
  10. Trade Winds
  11. The Last Stooge
  12. Joanie

 

Vidéos :

« I’m Not Really Sure What I’m Gonna Do »

« Sally Lou »

« Knifuli Knifula »

 

Vinyle :

31082016138

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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