The GO – Howl On The Haunted Beat You Ride Detroit Beat

(CASS Records 2007)

On l’a écouté dix fois, cent fois. Un mois après achat, les sillons du vinyle ont été labourés au point de rendre la galette inutilisable – on a dû se rabattre sur le mp3 en dernier recours. Howl On The Beat You Ride est notre feel-good-album-of-the-summer, celui qu’on se passe en boucle de façon mécanique, celui qu’on a planqué en fond de pile afin de pouvoir écouter autre chose, mais qu’on ne peut s’empêcher de remettre. Un album simplement beau, réconfortant, qui redonne foi en l’homme et au rock’n’roll1

La qualité d’écriture proposée par Bobby Harlow ici est ridiculement élevée. Rares sont les songwriters capables d’aligner un tel sans-faute sur deux faces vinyles. Ses chansons sont des bijoux mis en valeur dans un écrin magnifique – une production méticuleuse estampillée sixties à laquelle le chanteur a voué les trois dernières années de sa vie, proposant même un mix différent pour la version CD et la version vinyle. 

La première impression sur Howl On The Beat You Ride porte sur la pochette, qui évoque Electric Prunes, Blues Magoos ou le premier Doors. Une fois le livret ouvert, le graphisme général et la disposition des textes des chansons renvoie au livret de SF Sorrow des Pretty Things. Ça en dit déjà beaucoup… Alors qu’on s’extasie sur la qualité du cartonné et de la beauté de l’ensemble, notre attention est brusquement saisie lorsque la grosse galette envoie les premières mesures de « You Go Bangin On ». Impossible de résister au groove répétitif de ce morceau détonnant. Du calypso chanté par les Beach Boys, avec un solo d’harmonica final. Une entrée en matière surprenante. Dans le même genre « faussement niais » assumé, le groupe envoie plus loin en face B un « Mary Ann » digne du meilleur de la période surf du groupe de Brian Wilson. Le soleil brille sur ce disque : dans « Down A Spiral », le groupe explore un peu plus la Californie avec une ritournelle digne des Byrds de Fifth Dimension tandis que dans l’extraordinaire « Invisible Friends », John Krautner trouve la chaînon manquant entre le motown de Detroit et la pop sucrée de Liverpool. Mention spéciale aux handclaps irrésistibles et au solo de guitare digne de George Harrison. 

Howl On The Haunted Beat You Ride est un album comme on savait les concevoir il y a 40 ans, de l’artisanat confinant à l’orfèvrerie. Le son est à des années-lumière du garage-rock noisy empli d’écho de Whatcha Doin ou du glam façon T-Rex de The GO. Harlow a désiré un album pop sixties dénué d’artifices. Tantôt apaisante, tantôt jubilatoire, bubblegum ou folk, la pop de The GO possède des contours psychédéliques et une rythmique beat dignes des meilleurs disques sortis en 1966. Quelque part entre Beatles, Monkees, Beach Boys, Byrds et Zombies. Revivaliste à 100% certes, mais tellement bon qu’on en pleurerait. 

On découvre avec Howl On The Haunted Beat You Ride une facette du groupe qu’on avait qu’entraperçue sur Supercuts; cette capacité à écrire des chansons pop d’une grande sensibilité. « Caroline », avec sa structure à tiroirs, évoque à la fois les Zombies de « Maybe After He’s Gone » ou « Unchained Melody » des Righteous Brothers sans jamais se vautrer dans la pastiche ou le plagiat – bien au contraire. Sur « Refrain », le groupe met en musique un poème d’Allen Ginsberg, un peu à la manière de Syd Barrett sur « Golden Hair » (adaptation du « Poem V » de Chamber Music de James Joyce), et en tire un morceau délicat et mélancolique. Certains morceaux sont d’une qualité mélodique et sonique telle qu’on les imagine aisément comme étant des inédits des Beatles : « So Long Johnny » et « She’s Prettiest When She Cries » auraient leur place en face A d’Abbey Road, « Caroline » en début d’album blanc. D’autres sont uniques, dans le sens où on n’imagine aucun groupe pouvoir les interpréter : on pense là à ce « Help You Out » discoïde où le batteur porte la chanson à lui seul, l’irrésistible « Mercury Girl » qui rappelle le son de Free Electricity et surtout l’hymne de l’album, « Yer Stone Italian Cowboy ». 

Ce dernier morceau est d’ores et déjà notre morceau de l’année 2007 – la compétition est terminée, pas la peine de continuer. « Your stone Italian cowboy is a hustler in the dark, buggerin’ the beauties promenading past the park… ». Dès l’intro, c’est déjà gagné. Le groupe déroule sereinement un groove de western, Bobby Harlow pousse de la voix, un solo de guitare plein d’aisance lui répond. Harlow reprend la main et lance un refrain pop qu’il répète comme un mantra « when you were my girl, we were in love everyday ». Solo à nouveau, la rythmique se muscle, la chanson reprend et la basse prend le contrôle. Lorsque le refrain revient, Harlow, qui n’a toujours pas digéré la rupture douloureuse qu’on perçoit dans la chanson, se lance dans impro déchirante. Au diable le refrain, l’instant est magique, la voix chargée : « It hurts me now to let you go/I gotta go/I gotta move/What can I do?/I love you so, oh no/And I say… one thing you can do to me, oh girl/You just gotta… howl on the beat you ride, oh yeah… howl on the haunted beat you ride… ». Une inspiration géniale. Que reste-t-il quand on a tout perdu? Chanter, encore et toujours, hurler même. « Howl on the haunted beat you ride  »… On tutoie les étoiles. 

En tant que groupe, The GO sont – comme d’habitude oserait-on dire – extraordinaires. John Krautner, qui impose son physique cossu sur deux excellentes compositions sunshine pop (« Invisible Friends » et « Mary Ann ») est encore et toujours le meilleur bassiste de Detroit. Bobby Harlow régale l’assemblée avec son croon blasé, ses vocalises crosbyennes et ses interprétations à fleur de peau. Quand ces deux là chantent en chœur, quelque chose de magique se passe. A leur côté, le guitariste James McConnell fait à peu près ce qu’il veut, dans un style qui s’apparente à celui du Quiet Beatle, et Mark Fellis, fidèle au poste depuis 1999, se révèle un batteur d’une finesse rare. 

Rare, voila le mot… Rares sont les groupes capables de sortir deux albums-référence dans deux genres musicaux différents. En 1999, Whatcha Doin secouait le cocotier garage-rock de Detroit et posait les bases du réveil de la Motor City. En 2007, Howl On The Haunted Beat You Ride se pose comme le meilleur album de garage-rock façon Nuggets/British Invasion des années 2000. Un album rempli de mélodies inoubliables et de moments de grâce. Pour cela, The GO est un groupe précieux, à chérir. 

 

 

Tracklisting :

1 You Go Bangin’ on
2 Invisible Friends  * 
3 Caroline *
4 So Long Johnny  *
5 Yer Stoned Italian Cowboy  *     
6 Refrain        
7 Down a Spiral  *  
8 Help You Out   * 
9 Mercurial Girl    
10 She’s Prettiest When She Cries
11 Mary Ann  *     
12 Smile  

Notre site dédié à The GO : Keep On Trash

 

Vidéos :

« You Go Bangin’ On »

 
« Invisible Friends »
 

 

Vinyle :

The GO - Howl On The Haunted Beat You Ride

The GO - Howl On The Haunted Beat You Ride

The GO - Howl On The Haunted Beat You Ride


1 Avertissement : cet article contient des gros bouts de lyrisme, quelques couches de mauvaise foi et une subjectivité à toute épreuve.

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

8 Comments

  1. Dommage, car Refrain est un beau poème signé Allen Ginsberg… c’est vrai que la musique est un peu lascive et répétitive mais elle colle bien au texte , à mon avis.

  2. Je me bats également depuis pas mal de temps pour inviter un maximum de personnes à découvrir ce groupe fabuleux. Faîtes l’expérience de passer ces disques quand vous recevez du monde! S’ils sont pas sourds vous pourriez en convaincre quelques uns d’investir dans l’achat de leurs galettes!
    Avec le premier les fans des Stripes ou des Von Bondies vont être retourner comme des crêpes en se demandant comment ils ont pu faire pour passer à côté de cette tuerie… Avec ce dernier vous les convaincrez du talent des gars capable de proposer des pépites de pop psychédélique!
    Reste plus qu’à enfoncer le clou aves The Go, Free electricity et Supercuts!

    Franchement si vos amis n’aime pas changez en !

  3.  » proposant même un mix différent pour la version CD et la version vinyle.  »

     

    J’avais complètement oublié ça! Et je découvre l’intérieur du vinyle, avec les paroles, là… J’hésitais un peu, mais
    tssss… ça sent la commande. (de toute façon j’ai besoin d’un t-shirt )

  4. Bravo. Cet album est effectivement assez grandiose. Je ne suis pas fana des trucs passéistes mais là il font vraiment fort. Difficile de ne pas s’incliner.

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