JOHN KRAUTNER – Fun With Gum (vol.1) John Krautner, les mecs. John Krautner !

(Burger 2015)

Un article dont vous êtes le héros.

NB : Commencer la lecture de cette critique sans avoir à proximité immédiate une grande tasse de café (et une bouteille d’apéritif à la gentiane) est fortement déconseillé. Comme à son habitude, la direction du site PlanetGong décline courageusement toute responsabilité quant aux éventuels dégâts occasionnés sur la santé mentale ou physique de son lectorat.

Propos liminaire réservé aux habitué(e)s du site PlanetGong :

L’auteur du présent article ose espérer que vous n’aurez pas attendu l’arrivée tardive de cette pseudo-critique pour (l’ordre des points ci-dessous est indifférent) :
– écouter Fun with Gum (vol.1),
– acheter Fun with Gum (vol.1) en vinyle,
– écrire vos remerciements, votre admiration et vos plus chaleureuses félicitations à John Krautner dont voici le lien de la page bandcamp
– faire découvrir John Krautner aux malheureux de votre entourage qui ne le connaîtraient pas encore.

Si vous avez rempli les conditions ci-dessus et que vous n’avez rien d’autre à faire, vous pouvez laisser traîner vos yeux sur le texte ci-après. Sinon, zou, au boulot. Le monde ne va pas s’améliorer tout seul, bonne journée et à bientôt les poteaux.

 

(1) Sorti en 2015, le disque Fun With Gum (vol.1) est le premier album solo de John Krautner (après une cassette parue l’année précédente), bassiste principal (mais aussi occasionnellement guitariste et chanteur) de l’extraordinaire groupe de Detroit, The GO. L’album est court (dix chansons) et fait la part belle à la bubble-gum pop, une musique rock’n’roll joyeuse, prétendument naïve et bon enfant, mêlant avec plus ou moins de bonheur références aux sucreries et sous-entendus réservés à un public adulte, et dont l’exemple tutélaire est la chanson « Sugar Sugar » du groupe fictionnel The Archies, enregistrée en 1969. Fun with Gum (vol.1) a quant à lui été enregistré et produit quelque 45 ans plus tard par le complice de Krautner depuis la création de The GO, Bobby Harlow, chanteur et guitariste principal de ce groupe exceptionnel.

Si vous savez que The GO est le meilleur groupe de Detroit depuis The Stooges, allez en (3).
Si vous ne le savez pas, continuez la lecture avec le paragraphe suivant (2).
Si vous craignez une série de digressions sur les groupes de Detroit, poursuivez la lecture en (5).

(2) Depuis longtemps fort justement acclamé comme le meilleur groupe de Detroit, The GO a publié en une petite quinzaine d’années plus de disques fabuleux que n’importe lequel de ses contemporains. Du boogie-trash de Whatcha Doin’ à la pop soyeuse de Howl On The Haunted Beat You Ride, avec un album proto-Hawkwind jamais publié (Free Electricity) car bloqué pour une question de droits d’auteurs, en passant par un disque live sorti à 500 exemplaires vinyles et laissé en téléchargement libre, le parcours de The GO est suffisamment éloquent et lui vaudra une reconnaissance universelle lors de sa redécouverte (dans une cinquantaine d’années, quand nous serons – dans le meilleur des cas – de vieux barbons).

(3) Après quelques années d’incertitudes concernant l’avenir de The GO et quelques projets parallèles, dont l’étonnant Conspiracy of Owls (une nouvelle fois en compagnie de Bobby Harlow), Krautner publie son premier album solo. Cette nouvelle fut accueillie comme excellente par tous les auditeurs qui avaient apprécié la délicatesse et l’aspect doux-amer des compositions de Krautner (« Tower of Diamonds ») et qui se réjouissaient de pouvoir pénétrer l’univers du bassiste par l’intermédiaire d’un disque qu’il a composé seul. Le moins que l’on puisse affirmer est que l’attente n’a pas été déçue. À quelques mois de distance, Krautner semble s’engager à la suite du dernier album des Dirtbombs, le sirupeux Ooey Gooey Chewy Ka-blooey!, qui avait surpris et réjoui les amateurs à la fin de l’été 2013.

Si vous savez que les Dirtbombs sont le meilleur groupe de Detroit depuis les Stooges, continuez votre lecture en (5).
Si vous ne connaissez pas les Dirtbombs, continuez en (4).
Si votre esprit désespérément cartésien ne vous permet pas de comprendre comment Detroit peut avoir plusieurs « meilleurs groupes de la ville », c’est que vous ne connaissez ni Soledad Brothers, ni Human Eye : consultez ce dossier, puis, une fois l’apparent paradoxe ci-dessus résolu, reprenez votre lecture en (5).

(4) Depuis longtemps fort justement acclamés comme le meilleur groupe de Detroit, The Dirtbombs sont emmenés par le fabuleux chanteur et guitariste Mick Collins, frontman sans égal entouré de deux batteries et de deux basses (dont une fuzz). Après un album proto-punk intégriste (Horndog Fest), les Dirtbombs ont publié ce qui est probablement leur chef d’œuvre, Ultraglide In Black (2001). Leur nombreuses tournées internationales ont rendu béats d’admiration les chanceux qui les ont vus en concert, alors que le groupe continuait de publier des albums de styles variés, du glam de Dangerous Magical Noise (2004) à la techno de Party Store (2011), avant de finir leur parcours (?) sur le disque bubblegum longtemps promis par Collins, Ooey Gooey Chewy Ka-blooey! (2013).

Si vous en avez assez de lire ce texte, je vous comprends, allez faire une promenade.
Si vous espérez toujours lire une critique de l’album de Krautner, continuez en (5).

(5) Cacher sa mélancolie sous une épaisse couche de sucre et laisser transparaître un peu de tristesse sous des mélodies pop-rock élégantes, optimistes en conservant une dose d’humour nécessaire à l’auto-dérision : voilà ce que John Krautner parvient à faire sur la dizaine de chansons qui composent cet album. Comment expliquer à son (ex) petite amie qu’elle n’a pas le monopole du flux lacrymal ? La réponse est simple et tient en quatre mots « I can cry too », répétés et accompagnés de chœurs amusants. Une saute d’humeur plus tard, et « Love just ain’t strong anymore » présente la situation différemment : que faire lorsqu’une histoire d’amour est finie ? D’autres pistes au contraire sont plus légères : « I get a Kick », « I need sugar », « Northwood » sont de belles chansons positives, toujours bien construites et réalisées ; partout, le goût du travail bien fait est patent. Quels que soient les thèmes que ses chansons abordent, le disque conserve un aspect primesautier et optimiste.

À la production, Harlow s’en donne à cœur joie pour mettre en valeur les chansons de son ami, en utilisant à l’envi handclaps, solos de synthé ou de trompette, et chœurs divers, ce qui offre à l’ensemble du disque une tonalité chaleureuse, mais dont quelques sonorités sont à la première écoute plus que surprenantes (« Where is Terry ? », l’intro de « Love just ain’t strong anymore »). Plus loin, sur « Lion eyes » ou « Good at the bad things », les attaques de guitares rappellent la solide assise rock’n’roll des chansons de Krautner et permettent d’apprécier la belle construction de ses compositions. En toute fin d’album, John Krautner livre son credo : « Music is the thing that always gets me; If I’m sad, I can always sing » ; une profession de foi évidente et sans fard, qu’illustre à merveille sa carrière. Après une vingtaine d’années passées à composer, écrire et interpréter des chansons extraordinaires sans obtenir le succès que son talent devrait lui assurer, Krautner continue sa route, simplement, avec grâce. Merci à lui.

Si vous en avez assez de cette critique, bonne nouvelle : elle est finie.
Sinon, pas de grande différence : elle est finie, je viens de l’écrire.
Dans un cas comme dans l’autre, allez boire un coup, vous l’avez mérité.

 

 

Liste des chansons

1. I need sugar *
2. I can cry too
3. Love just ain’t strong any more *
4. I get a kick *
5. Lion eyes *
6. Northwood *
7. I know what’s right
8. Where is Terry?
9. Good at the bad things
10. Music is the thing

L’album est en écoute via Bandcamp :

 

Vidéos

« Northwood »

« Lion Eyes »

 

Vinyle

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

3 Comments

  1. colle à nos souvenirs autant que la pochette acidulée le promet et John Krautner nous la joue acolyte survolté accro aux sucreries rock bubblegum calibrées et addictives.

Laisser un commentaire