The DIRTBOMBS – Party Store Rendez-vous manqué…

(In The Red Records  2011)

A l’été 2010, une vidéo (un dessin animé assez sommaire) accompagnant la reprise du morceau « Shari-Vari » accompagnait une nouvelle surprenante : les Dirtbombs allaient enregistrer un disque de reprises de morceaux techno provenant de la ville de Detroit. Une fois la surprise passée, chacun était reparti en songeant à l’incomparable réussite d’Ultraglide in Black, premier disque de reprises (soul) et point d’orgue de la carrière du groupe, et en se promettant d’accorder à Mick Collins et ses sbires l’attention qu’une de leurs sorties d’album mérite. A présent que tous les gens intéressés par ce disque l’ont écouté et s’en sont fait une idée précise, et en raison d’un retard particulièrement pharamineux dans la rédaction des critiques d’albums, la rédaction PlanetGong propose cette parodie de chronique.

Le début d’album plus qu’honorable – le disque s’ouvre par deux bons morceaux à la rythmique enlevée et où le groupe parvient à remporter son pari : « Cosmic Cars » et « Shari-Vari » montrent que les Dirtbombs sont capables de conserver leur groove, quel que soit le style de musique joué : « Cosmic Cars » est marqué par ses batteries mixées très haut, ses accords de guitare tranchants appuyés par la basse et par le chant mesuré mais puissant de Collins.

« Good Life » marque un premier changement de rythme et de style – les Dirtbombs semblent s’engluer sur cette piste, alliant un chant plus que moyen et des chœurs passables à une rythmique qui manque singulièrement d’imagination. « Strings of Life » n’est pas meilleur, non plus que« Jaguar » : sur ces deux morceaux, l’impression qui prédomine est celle d’une utilisation des capacités du groupe en sous-régime ; à trop vouloir maîtriser leur sujet et en s’attelant à retranscrire une musique éminemment synthétique, les Dirtbombs ont perdu en immédiateté. « Tear the club up » tente de contrebalancer cette tendance avec une longueur outrageusement courte et un solo de guitare dissonant à souhait, mais le chant scandé à plusieurs n’aboutit à rien, laissant le morceau tomber à plat. Sacrilège suprême : la fuzz – basse ou guitare – disparaît parfois totalement des compositions… Party Store n’a pas été enregistré dans les Ghetto Recorders de Jim Diamond : quelque chose serait-il pourri au royaume des Dirtbombs ?

Bien sûr, quelques éléments sauront rehausser l’intérêt de l’auditeur – meilleure chanson (« Alleys of your mind»), changements de rythme bénéfiques (« Good Life »), réjouissants bidouillages sonores (« Bug In the Bassbin », «  謎のミスタナイソ »). « Bug in the bassbin » se distingue des autres pistes par sa longueur – plus de vingt minutes, pour un passage sur la platine en 33 tours : cette piste quasi-instrumentale se démarque aussi du reste de l’album par son ambiance sombre, lorgnant du côté du krautrock. Morceau ambitieux et non dénué d’intérêt, il ne laisse pas de déconcerter. Quant à « 謎のミスタナイソ », n’importe quel étudiant en japonais (et n’importe quel utilisateur d’un traducteur en ligne) sera capable de vous expliquer que cela peut être traduit par « Mista Mystery – NAISO » et qu’inviter les plus névropathes de ses fans à faire un tour sur ce site  https://www.msu.edu/~naiso/ était probablement ce que Mick Collins avait en tête au moment de choisir le nom de la chanson.

Au moment de conclure, la question se pose : qui peut avoir envie d’écouter ce disque, objet protéiforme dont nous n’avons pas trouvé la cohérence ? Si quelques morceaux sont en effet plus que réjouissants, l’écoute continue de Party Store demeure cependant délicate. N’évoquons plus Ultraglide In Black, la comparaison en serait trop cruelle ; alors que certaines reprises réalisées par les Dirtbombs sur des 45 tours ont été l’occasion pour nous de découvrir un incroyable nombre d’artistes marquants dans des styles différents (ESG, par exemple, sur Pray For Pills EP), la longueur de Party Store lui a fait perdre en efficacité. Le format choisi (par In The Red ?) d’un triple disque convient en revanche à cette sortie : la sélection et l’écoute des morceaux à retenir en sont facilitées  (soit la moitié de l’album tout de même).

 

  

Liste des chansons :

  1. Cosmic Cars *
  2. Shari-Vari *
  3. Good Life
  4. Strings of Life
  5. Alleys of your mind *
  6. Bug in the bassbin
  7. Jaguar 
  8. Tear The Club Up
  9. 謎のミスタ-ナイソ(Detoroito Mix) 

 

Vidéos :

« Shari-Vari »

« Jaguar » enregistré live à la BBC

  

Vinyle :

The Dirtbombs - Party Store

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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