BLACK LIPS – Apocalypse Love

Toujours verts

(Vice  2014)

Qui sont les Black Lips en 2022 ? Vingt ans après leurs débuts, les bad kids d’Atlanta sont les derniers survivants d’une espèce en voie de disparition : les rockers du début des années 2000 inspirés par les groupes garage sixties.

Voir les Black Lips sur scène à leur débuts, c’était comme voir les compilations “Book From The Grave” prendre corps, dans une version redneck dégénérée. Un happening permanent, où le groupe s’autorisait tous les excès et parvenait à rendre une musique venue antique plus dangereuse et sulfureuse que jamais. S’il était un groupe qu’on n’imaginait pas durer aussi longtemps c’était bien celui-là.

Pourtant, bon an mal an, les Black Lips portent toujours haut les couleurs du flower-punk avec panache. Les leaders Cole Alexander (guitare, chant) et Jared Swiley (basse, chant) sont toujours à la barre de ce bateau ivre qui fonctionne en quintet depuis trois albums, avec l’arrivée notable de la saxophoniste Lumi Rostow (par ailleurs compagne de Cole Alexander) puis d’Oakley Munsen (batterie) et Jeff Clarke (guitare) en lieu et place de Joe Bradley et Ian St. Pe, figures emblématiques de la première (et meilleure) période du groupe.

Après un excellent album country en 2020 (Sing In A World That’s Falling Apart), ces joyeux quadragénaires sur qui le temps ne semble pas avoir de prise, reviennent avec un album étonnant où ils montrent un virage expérimental tout en gardant leur patte rock’n’roll foutraque. Les Black Lips n’ont rien perdu de leur patte mélodique et de leur capacité à écrire des chansons mémorables, à commencer par l’ouverture “No Rave” au groove sombre joyeusement interlope, la cavalcade spaghetti western de “Tongue Tied” et l’irrésistible “Operation Angela” où le groupe est plus primesautier que jamais. 

Là où le bat blesse, c’est malheureusement sur les voix des deux leaders, de plus en plus flinguées par des années d’excès. Jared râle plus qu’il ne chante sur “Love Has Won”, qui aurait sans cet écueil pu devenir un des classiques du groupe, la voix poussive de Cole gâche un peu la ballade hawaienne “Apocalypse Love” et enfonce le titre “Crying On A Plane”, déjà ensuqué à la base, vers l’ennui. Finalement c’est le nouveau venu Jeff Clarke qui tire son épingle du jeu avec les pistes les plus convaincantes de l’album. A vrai dire, son recrutement est la meilleure idée qu’ont eu les Black Lips depuis des lustres : le mec était guitariste et leader de groupes tels que Demon’s Claws et Hell Shovel, qu’on aime beaucoup ici. Il propose sur cet album la ballade country “Stolen Valor” qui sonne comme “Walk The Line” chanté par Daniel Johnston, l’étrange “Whips Of Holly” au psychédélisme sombre, l’emballante “Antiaris Toxicaria”, et surtout LE tube de l’album, “Sharing My Cream”, morceau entre hip-hop et dance-punk qui égaie nos soirée d’ivresse depuis qu’on l’a écouté pour la première fois. 

Cette injection de sang-frais, ajoutée au regain de créativité du groupe, fait de cet Apocalypse Love un album tout à fait recommandable, où les Black Lips démontrent qu’ils savent encore être fun et irrévérencieux. Après vingt ans de carrière, peu de groupes peuvent en dire autant. 

 

Tracklisting 

  1. No Rave *
  2. Love Has Won
  3. Stolen Valor
  4. Lost Angel
  5. Whips Of Holly
  6. Apocalypse Love
  7. Operation Angela
  8. Crying On A Plane
  9. Sharing My Cream *
  10. Among The Dunes
  11. Tongue Tied *
  12. Antiaris Toxicaria *
  13. The Concubine  

 

Vidéos 

“No Rave”

“Lost Angel”

 

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