ARCTIC MONKEYS – Favourite Worst Nightmare Six mois après

(Domino 2007)

La démarche force le respect. Depuis la sortie de leur premier single (il y a seulement 1 an et demi), les Arctic Monkeys refusent obstinément de jouer le jeu du business. Refus de passer à la télévision (à feu Top Of The Pops notamment, là où Eddie Argos aurait vendu son âme pour passer), absences aux nombreuses cérémonies de récompenses mainstream, sorties de nouveaux disques tous les trois mois (avec l’EP Who The Fuck Are The Arctic Monkeys puis le single « Leave Before The Lights Come On »), publication de leur second album un an à peine après le premier. Les Arctic Monkeys éditent leurs propres règles – et les fans suivent encore.

Les Arctic Monkeys ont passé la moitié de l’année 2006 sur la route et ont enrichi leur son des rencontres faites au gré des festivals et des tournées. Au contact des groupes de la nouvelle scène new-rave, Alex Turner et sa clique se sont trouvé des envies nouvelles. Leur premier album sonnait garage, brut de décoffrage. La suite s’avère musclée. On est tout de suite frappé par le gros travail de production effectué par James Ford, dans la même veine que l’usine à gaz rutilante des Klaxons. Tout est amplifié au maximum, parfois étouffant. Certains morceaux rappellent les Queens Of The Stone Age – c’est dire l’impression de puissance que dégage le groupe – sur des morceaux tels que « This House Is A Circus » ou « Brianstorm ».

On avait souligné le côté funky des Arctic Monkeys à leurs débuts. Avec l’aide de Ford, spécialiste de l’infrabasse et des rythmes binaires, le groupe a décidé de privilégier le groove à la mélodie. Les morceaux des Arctic Monkeys sont désormais des scies qui s’articulent autour de l’axe basse-batterie et ne varient que par les accélérations de tempo ou les gimmicks de guitare. On a droit à trois modes de fonctionnement : la grosse baffe dans la gueule où le rythme dément emporte tout sans qu’on ait le temps de comprendre quoi que ce soit (« Brianstorm », « The Bad Thing »), le groove funky dirigé par la basse qui fait remuer les épaules (« Teddy Picker », « D Is For Dangerous », « Do Me A Favour », « This House Is A Circus », « Old Yellow Bricks »…) et enfin les ballades pop où Turner se rappelle qu’il sait aussi écrire des mélodies, celles qu’on peut siffler en lavant la salade (« Teddy Picker »).

Voix en retrait, distordue par les effets studio… le chant d’Alex Turner a évolué aussi. A l’opposé de ses débuts, il chante désormais plus qu’il ne parle. Il croone même. Le côté Streets avec des guitares funky a disparu – il suffit de comparer « From The Ritz To The Rubble » ou « Fake Tales Of San Francisco » avec « Brianstorm » pour s’en rendre compte. L’entendre se lancer dans les contours pop de « Fluorescent Adolescent » ou se vautrer dans la guimauve de « Only Ones Who Know » – de loin le morceau le moins réussi de l’album – est surprenant. Il en résulte qu’on fait moins attention à ses textes, pourtant toujours aussi caustiques (comme « we can’t take our eyes off the t-shirt and ties combination » dans « Brianstorm »), mais aujourd’hui moins ancrés dans la réalité sociale. Les Arctic Monkeys vivent depuis un an dans un tourbillon médiatique et sont en mouvement perpétuel. Les textes de Turner sont des saynètes, des flashs de soirées arrosées et de lieux traversés, des anecdotes mises en musique. Le groupe y perd de son universalité, son côté porte-parole de la jeunesse.

On se souvient avoir été déçu par le single « Leave Before The Lights Come On » en 2006 parce que le son du groupe avait peu changé par rapport au premier album. Après plusieurs écoutes, on avait fini par réaliser que ce morceau était sans doute leur plus abouti, leur meilleur peut-être. En 2007 les Arctic Monkeys ont décidé de revoir leur écriture et de changer le son. On a beau avoir écouté l’album des dizaines de fois, on n’est pas vraiment convaincu. Le début d’album est plutôt bien emmené, avec « Brianstorm » tout en épate, puis « Teddy Picker » qui est une espèce d’hybride entre « Fake Tales Of San Francisco » et « In-A-Gadda-Da-Vidda » d’Iron Butterfly (pour la rythmique). Derrière, « D Is For Dangerous », bien que braillard, réussit à convaincre avec ses breaks bien sentis. Arrivé « Balaclava », on a le sentiment que tous les morceaux fonctionnent selon une même formule. Cette impression persiste durant tout le reste de l’album, hormis lors de l’irrésistible single « Fluoresent Adolescent ».

La deuxième partie de l’album ne décolle jamais vraiment. « Do Me A Favour », plus faible que certaines de leurs faces B, ne convainc qu’à moitié, pas plus que « This House Is A Circus » la sœur jumelle de « D Is Dangerous », et « If You Were There Beware » endort un peu. Heureusement, « The Bad Thing » remet un peu de punk dans la recette. On retrouve avec plaisir des guitares entremêlées et une mélodie serpentante comme le groupe sait en faire. Les deux derniers morceaux, « Old Brick road » et « 505 » terminent l’album dignement, sans étincelles.

Favourite Worst Nightmare n’est pas un album foncièrement différent de Whatever People Say I Am, That’s What I’m Not, c’est plutôt une évolution par petites touches, à l’image des albums des Beatles dans les années 60. Le fait qu’ils sortent un album par an – et un single tous les trois mois – permet d’apprécier la maturation du groupe, ses changements de direction. Ils continuent de parler de leur vie de tous les jours – sauf que cette dernière a changé – et ils ont donné plus d’épaisseur à leur son (pour conquérir le monde ?). Si Favourite Worst Nightmare paraît décevant, c’est aussi parce qu’on espère beaucoup des Arctic Monkeys. Un groupe capable de morceaux tels que « From The Ritz To The Rubble », « I Bet You Look Good On The Dancefloor » et « Still Take You Home » sur un même album peut être capable de faire mieux. On ne trouve jamais ici de moments aussi jubilatoires que la fin de « Fake Tales Of San Francisco ».

Sur Favourite Worst Nightmare, ils oublient par moments d’écrire des chansons mais le niveau global reste tout de même satisfaisant. On préfère mille fois un groupe qui se met en danger et sort des albums imparfaits tous les ans plutôt qu’un groupe de branleurs qui met trois ans pour pondre 30 minutes de musique (y en a quelques uns à New York). Les Arctic Monkeys n’ont pas sorti l’album de l’année, loin s’en faut, mais sur leurs moments les plus fulgurants ils relèguent la concurrence très loin. On attend quand même la suite avec impatience. En 2008 ?

 

 

Tracklisting :

1. Brianstorm *
2. Teddy Picker *
3. D Is For Dangerous
4. Balaclava
5. Fluorescent Adolescent *
6. Only Ones Who Know
7. Do Me A Favour
8. This House Is a Circus
9. If You Were There, Beware
10. The Bad Thing *
11. Old Yellow Bricks
12. 505

 

Vidéos :

« Brianstorm »

 
« Fluorescent Adolescent »
 

 

Vinyle :

Arctic Monkeys - Favourite Worst Nightmare

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Je trouve extrêmement bien vue la première partie de ton article, très juste… mais je ne partage pas ton avis dans la 2°. Avis qui semble être partagé par beaucoup de monde, mais qui n’est pas du tout le mien. Contrairement à (presque) tout le monde, je trouve ce 2° album bien meilleur que le 1er. Pour moi, c’est un des grands albums de l’année, et même le meilleur album rock.
    Et « Do me a favour »… c’est sans doute la chanson que je préfère de FWN, sans doute le morceau que j’ai le plus écouté cette année. 
    Bref… ça fait un moment que je me dis qu’il faut que j’écrive un article sur l’album, je vais m’y mettre très bientôt, ne serait-ce que pour proposer un avis un peu différent ! 

  2. idem, j’ai trouvé cet album plus abouti et donc meilleur que le premier.
    Je te trouve un peu dur moi aussi, notamment avec 505 l’une des plus belles chansons de l’album (parcontre moi non plus j’ai pas compris l’intérêt de « Only Ones Who Know »).

  3. Excusez moi…mais celui-là c’est la claque.
    La raison première est énoncée dans votre article : le court délai entre ce deuxième opus et son prédécesseur . J’abonde en votre sens lorsqu’il est question d’évolution subtilement perceptible, conséquence de ce même délai.
    D’entrée de jeu l’auditeur se questionne…pourront ils jouer ce frénétique Brianstorm en concert? Car encore une fois c’est la frappe implacable et foisonnante du batteur Matt Helder qui vole la vedette. Ce musicien est à lui seul un hommage à la jeunesse (et au speed ???). Les guitares en zig zag et le débit vocal d’Alex Turner ne sont pas en reste, les singes n’ont pas subit de métamorphose majeure…et c’est peut être tant mieux pour l’auditeur encore sous le choc du premier album.
    Quoi de mieux pour échapper à la pression que de garder le cap sans se diluer en glamour ?

    J’ai aimé ce disque en entier dès la première écoute. Si je partage au préalable votre réserve quant à certaines pièces de la deuxième partie de l’album, celle-ci s’est estompée avec le temps. J’en avait surtout contre certaines aspérités laborieuses sur house is a circus-if you were there beware.À force d’écoutes je m’y suis habitué. Do me a favor me semble, en revanche, très réussie dans ce qu’elle apporte de subtilité dans le ton du disque.
    Je dirais que la force de ce disque en regard du premier vient de l’immédiateté de certains morceaux comme Teddy Picker, Fluorescent adolescent, Do the bad Thing ou encore 505. De la grande pop british qui colle au cerveau.
    Certes le focus lyrique n’a pas la force et la cohésion du premier disque en forme de virée nocturne, mais la qualité d’ensemble met la barre très haute pour la concurrence.
    On peut à la longue déplorer une certaine froideur dans le groove très blanc de leur musique, mais les Arctic Monkeys appartiennent tout de même à la race de ceux qui ne prennent pas leur public pour des cons. 

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