ARCTIC MONKEYS – Suck It And See Rien de honteux

(Domino 2011)

Qui sont les Arctic Monkeys en 2011 ? Quelque chose ne semble plus tourner rond dans la mécanique du plus groupe le populaire de sa génération à l’heure de son quatrième album. Les fans commencent à grogner, la presse a accueilli l’album tièdement, l’enthousiasme est retombé… il pèse comme une ambiance de fin de règne, de désenchantement. Et si tout cela n’était qu’une simple histoire de perception ? Peu de gens défendent cette opinion aujourd’hui, mais il nous semble que les Arctic Monkeys ont produit avec Suck It And See un album ni meilleur ni pire que ses deux prédécesseurs. Or cette fois-ci les critiques fusent. Etrange. On dirait que les lascars de Sheffield ont perdu leur aura d’intouchables et que le monde vient de se rendre compte de l’implacable réalité : ils ne sont pas si beaux qu’on se l’était imaginé.

Revenons un peu en arrière. Les Arctic Monkeys ont pris le monde par surprise en explosant les records de vente avec leur premier album porté par de nombreux tubes (« I Bet You Look Good On The Dancefloor », « When The Sun Goes Down ») et des textes en phase avec leur époque. L’album de chevet des ados anglais de la génération internet. La suite fut nettement moins enthousiasmante. On écoute rarement aujourd’hui Favourite Worst Nightmare, album sorti trop tôt sans doute et au son musclé (pour masquer un manque d’inspiration ?). En dehors d’une paire de morceaux (« Fluorescent Adolescent », « Teddy Picker »), pas de quoi s’emballer plus que ça mais le public a suivi. Deux ans plus tard, les Arctic Monkeys ont persisté dans leur quête du son stéroïdé en enregistrant avec celui dont l’influence avait nourri Favourite Worst Nightmare, l’inimitable Josh Homme. Il en résulta Humbug, un album plus équilibré mais imparfait, lui aussi porté aux nues par une presse enthousiaste.

Au regard des deux albums qui le précèdent, ce Suck It And See qui est sorti il y a quelques mois désormais n’a rien de honteux ou de raté. Au contraire, on serait même tenté de dire que c’est le meilleur album du groupe depuis Whatever You Think I Am That’s What I’m Not en termes de chansons pures. On trouve sur Suck It And See des mélodies simples mais efficaces, parfois tellement épurées qu’elles en sont presque décevantes (notamment l’insistante « Brick By Brick », cible privilégiée du courroux des détracteurs de l’album). « She’s Thunderstorms », « The Hellcat Spangled Shalalala », « Reckless Serenade » prennent toutes des détours inattendus et charment par leur pureté. L’album contient quelques morceaux immédiats, à commencer par « Don’t Sit Down Cos I Moved Your Chair » où Turner semble enfin avoir saisi ce qui fait l’efficacité des Queens Of The Stone Age. Pas la peine de cogner sur les guitares de façon frénétique comme sur « Brianstorm », le chanteur croone d’une voix assurée sur un riff lourd et entrainant.

Le chant assuré d’Alex Turner – que l’on trouvait quelconque il y a quelques années – fait partie des éléments les plus satisfaisants de cet album. Jadis cracheur de mots effréné, l’idole des jeunes a mué en véritable chanteur qui maîtrise sa voix et en fait un instrument à part entière. Des morceaux anonymes tels que « All My Own Stunts » deviennent soudainement fascinants dès que le frontman entre en lice. Et que dire de « Piledriver Waltz », morceau recyclé de l’excellente BO du film « Submarine » ? C’est sans doute un des plus beaux morceaux jamais écrit par Alex Turner qui prouve qu’il sait composer des grandes mélodies pop, une aptitude qu’il semblait avoir égarée dans son désir de faire des Arctic Monkeys un groupe heavy.

Pour toutes ces raisons, on apprécie Suck It And See comme l’excellent album qu’il est. On est même heureux de ne pas (trop) rencontrer un de ces morceaux stéréotypés vaguement groovy qu’Arctic Monkeys collent par poignées dans chaque album et qui se ressemblent tous plus ou moins (vous savez, ces trucs en pilote automatique à la « If You Were, Beware », « Old Yellow Bricks » ou « Potion Approaching »). On n’échangerait pas « Brick By Brick » contre aucun des ces titres.

Pourquoi alors un tel désamour du public et d’une grande partie de la critique ? Peut-être parce que le public des Arctic Monkeys a vieilli et ne vit plus au travers de la musique de ses idoles. Sans doute parce qu’Alex Turner, respecté pour son refus des compromissions et son côté northern lad vit désormais en rock star à Brooklyn où il fait les choux gras de la presse people (surtout depuis sa séparation avec la glamoureuse Alexa Chung). Peut-être aussi parce qu’ à force d’attendre le grand album du 21e siècle, les fans ont réalisé que les Arctic Monkeys n’avaient peut-être pas les moyens de cette ambition. S’il ne changera pas la face du monde, Suck It And See est un album honnête, empli de bons morceaux, qui s’écoute sans déplaisir.

 

 

Tracklisting :

01. She’s Thunderstorms *
02. Black Treacle
03. Brick by Brick
04. The Hellcat Spangled Shalalala *
05. Don’t Sit Down ‘Cause I’ve Moved Your Chair *
06. Library Pictures
07. All My Own Stunts
08. Reckless Serenade
09. Piledriver Waltz *
10. Love is a Laserquest
11. Suck It and See
12. That’s Where You’re Wrong

 

Vidéos :

« Don’t Sit Down Cause I Moved Your Chair »

« Brick By Brick »

« The Hellcat Spangled Shalalala »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

17 Comments

  1. excellente critique, très juste, j’avoue que j’écoute volontier suck it à la place de humbug, d’ailleurs pour les avoir vus à rock en seine, alex turner nous a gratifié d’un « I am a rockstar »,
    cheveux gominés et perfecto sur les épaules. il est loin le temps où il portait un jogging dans le clip de I bet you look good..

  2. encore une fois, je ne trouve pas que l’album a été si mal reçu… il s’est bien vendu et le groupe continue de remplir les salles… certes la critique fut plus réservée, mais vous n’êtes pas
    les premiers que je lis à dire que Suck It and See est leur meilleur album.

     

    Par contre je vous rejoins évidemment sur le fait qu’ils ne sont plus (du tout) considérés comme disons, LE groupe à suivre. Le groupe sort ses disques à une cadence correcte… pour ma part,
    l’album en lui-même -bien qu’efficace- ne nourris même pas d’espoirs car je n’en avais pas vraiment placés en lui.

     

    Je reste cependant persuadé qu’ils sont capables de bien mieux (Turner semble être un gros flemmard) et finiront par sortir, un jour, leur véritable chef-d’oeuvre.

  3. J’ai eu plusieurs réactions successives en écoutant cet album : la première écoute a été décevante, j’y ai vu un truc assez « mou » et peu enjoué par rapport aux premiers albums du groupe.

    Ensuite, ayant sciemment laissé de côté cet album, espérant ainsi, avec le temps, trouver de nouvelles trouvailles (une basse grondante ? Un jeu de guitare acéré ? Un rythme de batterie envoûtant
    ?), j’ai réécouté à nouveau Suck It And See, et j’ai pu constaté qu’il s’agissait d’un bien meilleur album que la première écoute ne le laissait augurer : l’excellente entrée en matière que
    constitue « She’s Thunderstorms » le riff persistant sur « Library Pictures », le chant assez envoûtant sur « All My Own Stunts » (très Last Shadow Puppets) tous ces éléments font que cet album est
    beaucoup plus écoutable qu’on ne le pense.

     

    Bref, faut pas être découragé par la première écoute, laisser reposer, et remettre le disque quelques jours plus tard, voilà la recette pour apprécier cet album.

  4. Perso, à la réécoute de l’album, je trouve toujours ça aussi mou et chiant, ah ah! Par contre je serais d’accord pour dire que les deux précédents n’etaient pas beaucoup mieux (a part 2 gros
    tubes sur le second).

  5. je suis d’accord avec ce qui est dit plus haut, le problème est qu’on les sent capable de bien mieux, et que ce disque sent la flemmardise a plein nez,

    j’attend un vrai disque Josh Hommesque des AM, avec des mélodies marquantes, et un son musclé qu’ils maitrisent maintenant…

  6.  » il nous semble que les Arctic Monkeys ont produit avec Suck It And See un album ni meilleur ni pire que ses deux prédécesseurs »

    Complètement d’accord. Et comme les précédents, ce disque ne me fait ni chaud ni froid.

    A mon avis cette collaboration avec Josh Homme leur va mal – mais ce serait peut-être pire sans lui après tout…

  7.  » il nous semble que les Arctic Monkeys ont produit avec Suck It And See un album ni meilleur ni pire que ses deux prédécesseurs »

    Complètement d’accord. Et comme les précédents, ce disque ne me fait ni chaud ni froid.

    A mon avis cette collaboration avec Josh Homme leur va mal – mais ce serait peut-être pire sans lui après tout…

  8. Cet album est une surprise totale. Déception à la première écoute mais on sent quelque chose poindre malgré tout… et on persiste. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on a eu raison mille fois
    de persister !!! C’est cela qui fait toute la magie : on le déteste mais on sait qu’entre la haine et l’amour… bref, vous saisissez le concept ! l’idée est réellement de se familiariser avec
    ces nouvelles sonorités un peu ronronnantes qui nous apprivoisent presque à notre insu. a réécouter encore et encore absolument. Ca n’en fera pas une masterpiece, mais il deviendra un album très
    très plaisant !!

  9. Perso, à la réécoute de l’album, je trouve toujours ça aussi mou et chiant, ah ah! Par contre je serais d’accord pour dire que les deux précédents n’etaient pas beaucoup mieux (a part 2 gros
    tubes sur le second).

  10. je suis d’accord avec ce qui est dit plus haut, le problème est qu’on les sent capable de bien mieux, et que ce disque sent la flemmardise a plein nez,

    j’attend un vrai disque Josh Hommesque des AM, avec des mélodies marquantes, et un son musclé qu’ils maitrisent maintenant…

  11.  » il nous semble que les Arctic Monkeys ont produit avec Suck It And See un album ni meilleur ni pire que ses deux prédécesseurs »

    Complètement d’accord. Et comme les précédents, ce disque ne me fait ni chaud ni froid.

    A mon avis cette collaboration avec Josh Homme leur va mal – mais ce serait peut-être pire sans lui après tout…

  12. Première écoute fut décevante, comme pour Humbug. Puis a force de persisté, j’adore cette album, mais surtout la face B (plus pop et mélodique à mon gout). Des chansons comme « piledriver waltz »
    et « love is a laser request » sont vraiment splendide. En fait je me lasse pas de l’enchenement des 4 derniers titres, le meilleur de tout l’album. Les artics nous livre un album qui certe n’est
    pas un chefs d’oeuvre, mais qui (le plus important selon moi), nous procure du plaisir à l’écoute.

  13. Cet album est une surprise totale. Déception à la première écoute mais on sent quelque chose poindre malgré tout… et on persiste. Jusqu’à ce qu’on se rende compte qu’on a eu raison mille fois
    de persister !!! C’est cela qui fait toute la magie : on le déteste mais on sait qu’entre la haine et l’amour… bref, vous saisissez le concept ! l’idée est réellement de se familiariser avec
    ces nouvelles sonorités un peu ronronnantes qui nous apprivoisent presque à notre insu. a réécouter encore et encore absolument. Ca n’en fera pas une masterpiece, mais il deviendra un album très
    très plaisant !!

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