TIM COHEN – Bad Blood Double réussite

(Captured Tracks  2011)

Tim Cohen est un malin. En publiant simultanément l’album Magic Trick et l’EP Bad Blood, il a pris tout le monde de vitesse, laissant peu de temps à son public (pourtant habitué à ingurgiter et digérer ses oeuvres tous les trois mois) pour s’accoutumer aux 20 morceaux répartis sur ces deux supports.

Attachant mais imparfait, Magic Trick marquait un léger recul après la perfection folk psyché de Laugh Tracks (qui restera sans doute comme un des grands disques de 2010). On en venait presque à remettre en cause sa décision de publier autant de morceaux de ces fructueuses sessions plutôt que de choisir les meilleures et de ne faire qu’un album simple. C’était avant qu’on écoute en détail Bad Blood, dont la cohérence et la pertinence ne font aucun doute : moins aventureux mais plus équilibré que Magic Trick, ce mini-album est une réussite totale, de la face A à la face D.

Bien sûr certains râleront : un double EP c’est peu pratique à l’usage. On écoute les morceaux deux par deux, on doit tourner ou changer le disque toutes les 7 minutes, aucune chance d’écouter le disque en faisant la vaisselle ou en feuilletant un magazine, et c’est tant mieux. Si Cohen a choisi ce format, c’est sans doute autant pour l’aspect esthétique que pour exiger de son auditeur toute son attention. Petit parenthèse : dans le milieu des amateurs de vinyles, certain puristes obtus râlent du fait que ces disques 7 pouces tournent à 33 tours. C’est dommage en effet, mais c’est pourtant la seule solution pour mettre deux morceaux par face sans détérioration de la qualité sonore de la musique.

La face A propose « Delicate Creatures », une ballade-folk rock d’une beauté sereine où la voix doucement éraillée de Cohen parvient à émouvoir, et « Fight For The One You Love », un morceau proche dans sa construction à « I’m Never Gonna Die » de Magic Tricks. On comprend à son écoute que les deux morceaux auraient doublonné dans un même album, « Fight For The One You Love », avec ses choeurs féminins à la Belle & Sebastian et son refrain agréable s’impose comme la meilleure des deux.

La face B introduit des thématiques plus sombres, comme la déception, l’angoisse, la dépression. Cela n’empêche pas Cohen de chanter « Pyramid Scheme », à la thématique socialo-naïve (« Don’t you want to know who built the factories ? There will be a day when the slaves are free »), avec une certaine goguenardise. « Bad Blood », morceau aux synthés atmosphériques évoquant les Fresh & Onlys d’August In My Mind, poursuit sur le thème de la déception amoureuse (« Girl, I did nothing wrong, please come with me tonight, we don’t need no bad blood »).

On avait déjà perçu dans Magic Trick une mélancolie sous-jacente, sur Bad Blood on frise la dépression par moments. Derrière le côté enjoué de la plupart des  morceaux, le mal-être de Cohen se fait apparent au fil des tours. Plus l’album avance, plus les titres s’assombrissent. Une impression que confirme la face C qui s’ouvre sur la fabuleuse « Rock Bottom » qui possède, outre une mélodie inoubliable, le texte le plus poignant de l’album (« Rock bottom is the top of the world / When the world is upside down / All I need is a miracle cure / To get my feet back on the ground / And my head back in the clouds / Oh Brother what have I done, what have I become ? »). « Purpose In Life » qui lui succède, continue dans la même veine désabusée et demeure aussi magnifique.

De la façon dont évoluent les choses, on s’attend à une face D morbide, mais celle-ci est étonnamment ensoleillée. Elle s’ouvre sur « I And I Will Be », chanson primesautière où Cohen se prend à espérer des choses tout en gardant son indécrottable côté pessimiste (« Worry not for my false modesty / You begin to think the world of me / When the world is over »), puis continue sur « Doctor, Doctor », une chanson hypnotique qui relate l’absurdité de certains usages médicaux sur fond de guitares répétitives. Une fin intrigante pour un disque non moins décontenançant.

On termine sur une dernière remarque : on ne sait s’il est fou, s’il ne dort jamais ou s’il écrit des chansons pendant son sommeil, mais Tim Cohen ne semble pas satisfait de sortir ce mois-ci son cinquième album en moins de 12 moins, le prochain EP des Fresh & Onlys nommé Secret Walls est d’ores et déjà annoncé pour le 26 avril.

 

 

Tracklisting :

A1 – Delicate Creatures *
A2 – Fight For The One You Love

B1 – Pyramid Scheme *
B2– Bad Blood 

C1 – Rock Bottom *
C2 – Purpose In Life *

D1 – I and I Will Be *
D2 – Doctor, Doctor

Le MySpace de Tim Cohen : www.myspace.com/timmycohen

 

Vidéo :

 ‘Rock Bottom »

  

Vinyle :

Tim Cohen - Bad Blood

Tim Cohen - Bad Blood

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

9 Comments

  1. Un nouveau Fresh & Onlys est à venir ?! Youpi !

    Totalement fascinant ce Tim Cohen, suis en train de tourner fan hardcore (comme ça ne m’était pas arrivé depuis mes 15 ans avec Oasis ahah)

    Sa façon de mettre en musique la mélancolie est d’une justesse incroyable, c’est plus onirique qu’affecté, j’adore. Big Lebowski aussi pleure parfois après tout 🙂

  2. Ca devient indécent vis à vis des autres groupes qui font seulement de la musique de simples mortels 🙂

    Sinon j’en profite pour demander de l’aide car je n’arrive pas à mettre la main sur « Laugh Tracks » , une piste?

  3. Un nouveau Fresh & Onlys est à venir ?! Youpi !

    Totalement fascinant ce Tim Cohen, suis en train de tourner fan hardcore (comme ça ne m’était pas arrivé depuis mes 15 ans avec Oasis ahah)

    Sa façon de mettre en musique la mélancolie est d’une justesse incroyable, c’est plus onirique qu’affecté, j’adore. Big Lebowski aussi pleure parfois après tout 🙂

  4. Ca devient indécent vis à vis des autres groupes qui font seulement de la musique de simples mortels 🙂

    Sinon j’en profite pour demander de l’aide car je n’arrive pas à mettre la main sur « Laugh Tracks » , une piste?

  5. Un nouveau Fresh & Onlys est à venir ?! Youpi !

    Totalement fascinant ce Tim Cohen, suis en train de tourner fan hardcore (comme ça ne m’était pas arrivé depuis mes 15 ans avec Oasis ahah)

    Sa façon de mettre en musique la mélancolie est d’une justesse incroyable, c’est plus onirique qu’affecté, j’adore. Big Lebowski aussi pleure parfois après tout 🙂

  6. Ca devient indécent vis à vis des autres groupes qui font seulement de la musique de simples mortels 🙂

    Sinon j’en profite pour demander de l’aide car je n’arrive pas à mettre la main sur « Laugh Tracks » , une piste?

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