THE FRESH & ONLYS – House Of Spirits Pop à papa

(Mexican Summer 2014)

Il y a une demi-douzaine d’années, les Fresh & Onlys furent un des premiers groupes à faire forte impression dans la bourgeonnante scène de San Francisco. Ils étaient alors l’incarnation d’un idéal garage lo-fi : maniant riffs de guitare cinglants sur des mélodies limpides, le groupe possédait en outre avec Tim Cohen un chanteur charismatique au croon chaleureux. A vrai dire, quand ils ont sorti leur premier album sur Castle Face en 2008, les Fresh & Onlys étaient le meilleur groupe garage de San Francisco.

Depuis, le groupe a rarement déçu mais a lentement évolué vers une approche de plus en plus pop, et s’est débarrassé peu à peu de tout ce qui lui conférait une aura rock’n’roll. La distorsion s’est évaporée, les guitares de Wymond Miles est devenue une composante de l’arrière-plan plutôt que l’élément moteur de la dynamique du groupe. Ce recentrage s’était fait sentir en 2012 sur Long Slow Dance. House Of Spirits poursuit la route entreprise par le groupe depuis cet album et développé sur l’EP Soothsayer, celui d’une gentrification qui fait écho à celle de la ville d’origine du groupe. En 2014, The Fresh & Onlys sont un groupe de rock indépendant assez classique, ordinaire diraient mêmes ses détracteurs.

Si les mélodies sont toujours au coeur du projet – Tim Cohen n’a pas changé sa façon d’écrire, c’est même la seule chose qui nous rappelle qu’on écoute bien les Fresh & Onlys – le groupe s’applique désormais à polir ses chansons et sonne comme un groupe anglais du début des années 80. Autrement dit : peu de chances d’entendre un morceau tout en guitares alambiquées de la trempe de « Fog Machine » sur ce disque.  

A de nombreux égards, on pourrait rapprocher House Of Spirits des productions récentes de Kelley Stoltz (le modèle revendiqué par Cohen). Est-ce pour autant une bonne chose ? En gagnant en sérénité, le groupe a perdu en souffle (un fait qui se reflète sur les prestations live récentes du groupe, assez décevantes). Une fois de plus, Wymond Miles n’a qu’un rôle auxiliaire dans le groupe, comme s’il était mis à l’écart ou plus concerné par ses propres (médiocres) albums. Ici occupé à tisser des toiles de fond guitaristiques, on ne l’entend vraiment s’exprimer pleinement que sur quelques rares morceaux (« Hummingbird »). C’est d’autant plus frustrant que l’ouverture de l’album (« Home Is Where ») laisse faussement espérer un retour au premier plan du guitariste.

De son côté, Tim Cohen écrit des chansons mélancoliques sur des rythmes enlevés, de façon presque mécanique. Heureusement, il maîtrise toujours l’art du contrepied. On se demande parfois dans quelle direction va un morceau quand soudain un accord mineur vient briser la monotonie et lui donner tout son sens (« Who Let The Devil »). Au sein de l’atmosphère cotonneuse de l’album, quelques belles chansons sortent du lot, comme la berceuse « Bells Of Paonia » ou la sublime « Animal Of One » (du Tim Cohen pur jus), mais dans l’ensemble, le disque s’avère sans folie.

Il en résulte un album agréable mais vite oublié, loin des standards auxquels nous avait habitué le groupe a ses débuts. Au delà de la déception, on s’interroge aujourd’hui quant à l’avenir du groupe. Les Fresh & Onlys ont-ils encore la foi ? Tim Cohen, jeune papa, s’est retiré à la campagne pour écrire cet album, et son manque de mordant tient peut-être à ce changement de vie. De plus, on a récemment vu passer des affiches de concerts où le groupe annonçait jouer avec son line-up original. Aveu d’échec ou retour aux sources ? On ne sait pas, mais un groupe qui se tourne vers son passé avec nostalgie n’est pas loin d’être au bout de la route…

 

 

Tracklisting

1 Home Is Where? *
2 Who Let the Devil *
3 Bells of Paonia
4 Animal of One *
5 I’m Awake
6 Hummingbird
7 April Fools
8 Ballerina
9 Candy
10 Madness

  

Vidéo

« Animal Of One »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. Tiens, j’étais passé au travers de cette chronique.

    « On ne sait pas, mais un groupe qui se tourne vers son passé avec nostalgie n’est pas loin d’être au bout de la route… »

    Pour preuve la sortie sur castle face des chutes de leur premier album ?

  2. Ouaip, j’ai relu cette chronique récemment et je m’étais fait la même réflexion! Le succès international de PlanetGong réside aussi dans les dons de voyance d’Eric 😀
    (sinon c’est normal que tu sois passé au travers, il en a publié plein en cachette, faut fouiller dans les archives!)

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