THE FRESH & ONLYS – Long Slow Dance Sortie de garage

(Mexican Summer 2012)

Ils nous avaient habitués depuis leurs débuts à sortir un album par an. The Fresh & Onlys sont, à l’instar de leurs nombreux collègues de San Francisco, un groupe prolifique. Le problème lorsqu’on tient un tel rythme de publication, c’est qu’on peut avoir tendance à se disperser. On regrette souvent que Ty Segall ou Thee Oh Sees n’aient pas parfois pris le temps d’assembler leurs albums avec moins de frénésie et plus de recul. Leur répertoire est bien sûr impeccable (les morceaux dispensables sont rares) mais aucun de ces artistes n’a encore sorti de chef d’œuvre intégral à ce jour (bien que Melted ou Carrion Crawler / The Dream s’en approchent). L’album ultime, définitif, se fait attendre.

Devant ce constat, les Fresh & Onlys ont eu le bon réflexe de lever le pied. Deux ans se sont écoulés depuis la sortie de leur dernier album Play It Strange qui date déjà de 2010 (ils n’ont sorti en 2011 qu’un EP cinq titres, le superbe Secret Walls). Le groupe a décidé de prendre son temps et de construire son album patiemment, en soignant la production et en restant intraitable sur le choix des chansons. Ceci explique sans doute pourquoi Tim Cohen (sous le nom de Magic Trick) et Wymond Miles ont ainsi développé leurs projets solo respectifs. On le sait peu – et le groupe nous l’a confirmé dans un interview qu’on publiera peut-être un jour – mais le vrai patron chez les Fresh & Onlys, c’est le bassiste Shayde Sartin. Cohen écrit des chansons comme il respire et les propose à Sartin (son mentor en termes d’influences musicales) qui décide si oui ou non ce que propose Cohen correspond aux Fresh & Onlys. Ainsi, depuis deux ans, Long Slow Dance est le fil rouge de ces musiciens, et les albums de Wymond Miles et Magick Trick un défouloir leur permettant d’évacuer certaines frustrations.

Il en résulte que Long Slow Dance ne ressemble à aucun autre disque des Fresh & Onlys publiés à ce jour. Le son y est très travaillé –  loin des productions lo-fi de jadis – et le groupe s’épanouit dans un univers éthéré qui évoque la Grande-Bretagne des années 80. Des groupes tels que The House Of Love ou Echo & The Bunnymen viennent à l’esprit quand il s’agit de décrire la brume légère dans laquelle baigne l’album, où les mélodies pastel de Tim Cohen sont plus que jamais mises en valeur. Car s’il y a bien une chose qu’il faut retenir de ce disque, c’est que les Fresh & Onlys ont définitivement viré dans la catégorie indie-pop (si souvent honnie). A leurs débuts, le groupe s’était signalé par sa pop garage amplie de riffs de guitare alambiqués (« Imaginary Friends », « Fog Machine »). Aujourd’hui, l’écriture des chansons des Fresh & Onlys se base sur l’idée de mélodie et ici le seul morceau structuré autour d’un riff de guitare est « Yes Or No » (et encore, sur les couplets uniquement). Cohen sort une dizaine de belles chansons de sa besace. Des mélodies à la progression limpide et aux refrains imparables qui restent en tête. L’album commence d’ailleurs par le trio « 20 Days And 20 Nights » / « Yes Or No » / « Long Slow Dance » qui lance l’album sur des bases élevées. Sur cette dernière, la voix chaleureuse de Tim Cohen fait merveille, à la fois réconfortante et teintée de mélancolie. Apprentis guitaristes, si vous voulez faire sensation autour d’un feu de bois l’été prochain, on vous recommande chaudement de travailler ce morceau.

La suite de l’album est tout aussi admirable. « Presence Of Mind » qui arrive ensuite permet enfin à Wymond Miles de briller un peu (son rôle sur cet album est finalement très secondaire, cette sous-utilisation est d’ailleurs le seul reproche qu’on pourrait faire à Long Slow Dance), « Dream Girls » que le groupe jouait en tournée depuis deux ans propose encore une mélodie dont il est impossible de se débarrasser une fois qu’on commence à la siffloter. On a lu ici ou là que l’album était une déception totale, et que la face B était à peu près inaudible. On a du mal à comprendre ce genre de jugement, et on invite tout le monde à écouter attentivement « Executioner’s Song ». Que dire sinon que la mélodie coule de source ? Même le solo de trompette n’apparaît pas comme incongru, c’est dire… Les râleurs diront peut-être que « No Regard » et « Foolish Person » ne sont pas les meilleurs titres de l’album, certes, mais ils s’écoutent très bien, et quid de « Euphoria » où on retrouve les Fresh & Onlys dans toute leur verve garage-rock ? Rien, si ce n’est qu’à défaut d’atteindre la perfection de la face A, la deuxième partie de l’album est plus qu’honorable. Long Slow Dance n’est pas un album parfait mais il figure parmi les meilleurs qu’on ait entendus en 2012. La mue des Fresh & Onlys, aussi controversée soit-elle pour certains garageux obtus, est une réussite pour quiconque sait apprécier une belle mélodie chantée par un gros barbu à la voix suave.

 

 

Tracklisting :

Face A

  1. 20 Days and 20 Nights *
  2. Yes or No *
  3. Long Slow Dance *
  4. Presence Of Mind
  5. Dream Girls
  6. Fire Alarm

Face B

  1. Executioner’s Song *
  2. No Regard
  3. Euphoria *
  4. Foolish Person
  5. Wanna Do Right By You

 

Vidéos :

« Presence Of Mind »

 
« Yes Or No »
 
 
« Dream Girls » (acoustique)
 
 
Le making-of de l’album
 

 

Vinyle :

L’album est sorti en édition limitée avec un vinyle transparent, un poster et une couverture numérotée.

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

3 Comments

  1. Bonne synthèse !

    ça parait assez logique (quoique regrettable) que les guitares western aient été mises de côté sur ce disque très UK 80’s, mais c’est dommage que Wymond Miles ne se soit pas réinventé en Johnny
    Marr (pourtant ça me semblait couler de source vu le doigté du bonhomme).

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