WHIRLWIND HEAT – Types Of Wood Bientôt cultes

(Brille Records – 2006)

Voici enfin le second album des Whirlwind Heat, trio originaire de Grand Rapids (près de Detroit). Leur premier disque, Do Rabbits Wonder?, produit par Jack White, était sorti en 2003. Flamingo Honey, un E.P. (dix chansons d’une minute chacune), co-produit avec Brendan Benson, sortit quant à lui à la fin de l’année 2004. Après un nouveau changement de label (d’abord chez V2, puis chez XL Recordings, ils sont à présent chez le label londonien Brille Records), les Whirlwind Heat ont sorti l’extraordinaire Reagan E.P., comportant quatre chansons (« Reagan », « Memory », « Macho Man » et « I Fucked up Reagan »).

Quelques semaines plus tard, l’album Types of Wood débarquait chez tous les bons disquaires (il reste donc quasiment impossible de le trouver en France… à chercher du côté des imports, ou à commander). L’album commence par la chanson « Kill Me », excellente entrée en matière pour ce disque : les trois compères semblent se répondre, le premier (Steve Damstra) en martelant sa basse, le deuxième (Brad Holland) en frappant sa batterie, le dernier (David Swanson) en hurlant… Le morceau suivant, « Reagan » – celui qui se rapproche le plus d’un hit dans cet album, comporte une basse suramplifiée associée à une batterie implacable et syncopée encadrant le chant de David Swanson, qui compare ici son rapport à Reagan avec une relation amoureuse qui aurait mal tourné (« I fell in love with you / You stole my heart / Now I can’t stand you… »). Le son des deux premiers morceaux, tout comme celui de l’ensemble du disque, est plus proche de leur E.P. Flamingo Honey que de l’album Do Rabbits Wonder? : l’ampleur du son est impressionnante, et la formation hétérogène qu’ils étaient il y a à peine deux ans s’est muée en une mécanique solide et unie. Si, après leur premier album, les Whirlwind Heat furent comparés à des singes sous amphétamines à qui on aurait donné des instruments (ce qui peut s’expliquer, si on considère certains aspects de leurs prestations live), cette comparaison n’a plus lieu d’être. Même s’ils ont perdu un peu de l’énergie débridée qu’ils affichaient sur leur premier disque, les Whirlwind Heat ont gagné en assurance, en maîtrise, et aussi (surtout?) en qualité.
 
En quelques années et une poignée de chansons, le groupe s’est construit, par un son unique, une identité particulière sur la scène contemporaine. Types of Wood est le produit d’un groupe sûr de son fait : l’album semble bâti autour d’une longue et hypnotique ligne de basse (sur le morceau « French », on trouve même dans son ampleur basse une certaine ressemblance avec celle de Melody Nelson). Le son incroyable de la basse de Damstra, et le jeu exceptionnel de Holland (le batteur, d’une finesse et d’une précision hallucinantes) sont l’armature du groupe, et de chaque chanson de ce disque. Avec une telle section rythmique, pourquoi s’embarrasser d’une guitare ? Les Whirlwind Heat ont décidé qu’ils n’en avaient pas besoin, et ils ont eu raison : Swanson se contente de quelques notes au Moog (et, plus rarement, à l’harmonica, qui s’avèrent suffisantes pour que les morceaux fonctionnent – la chanson « Slugger » en est l’illustration exemplaire).
 
Le disque est truffé de morceaux extraordinaires: la chanson « Gene Pool Style » raconte les (més)aventures d’un jeune homme qui, suivant les conseils de son médecin, prend une décision (« So I went to a bank / To donate some sperm »), puis « The Sun is round », aux paroles minimalistes – le refrain reprend simplement l’alphabet, et le déclame plusieurs fois (on pense naturellement à « A concise British alphabet » sur le deuxième album de Soft Machine). Sur l’excellent « Up-tight », David Swanson se permet un solo parfaitement incongru de Moog (un synthétiseur rendu célèbre par l’utilisation qu’en a fait Walter/Wendy Carlos dans la B.O. d’Orange Mécanique). Le retour du Moog dans la scène rock contemporaine est plus qu’improbable (et, par ailleurs, pas vraiment souhaitable), mais l’apparition d’un tel instrument a ici quelque chose de rassurant. Son emploi par les Whirlwind Heat est tout simplement parfait (par exemple sur la piste « My Electric underwear » et sur le morceau de clôture de l’album, « Nylon Heat »).
 
La démarche créative et l’approche sans concession du groupe (que ce soit par ses albums, sur scène ou dans leurs différentes vidéos) font des Whirlwind Heat l’un des plus importants groupes de la scène rock actuelle. Whirlwind Heat va (bientôt/peut-être/jamais?) devenir un groupe culte… Quoi qu’il advienne de ce groupe, leur deuxième « véritable » album restera comme un des meilleurs de l’année 2006.

 

 

Tracklisting :

1. Air Miami  *
2. Reagan  *
3. Gene Pool Style *
4. Up Tight  *
5. Captain Cave
6. Slugger  *
7. Umbrella People
8. Sun Is Round
9. French
10. My Electric Underwear
11. Nylon Heart

L’album sur Deezer : www.deezer.com/fr/#music/whirlwind-heat/types-of-wood-357858

 

Vidéos :

Whirlwind Heat ont filmé des vidéos pour tous les morceaux de l’album. En voici quelques unes, les autres sont visibles sur leur compte Youtube.

« Air Miami »

 
« Reagan »
 
 
« Genepool Style »
 

 

Vinyle :

Panorama des disques sortis à l’époque de Types Of Wood. La pochette du single « Air Miami » est une table de ping-pong livrée avec accessoires (joueurs, balles pliables, filet). Un délire assez typique du groupe.

Whirlwind-Heat---Types-Of-wood.jpg

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. Super disque… Quel son de basse !
    Bon par contre, cette pochette est franchement vulgaire, c’est surprenant car pas à l’image du contenu – on est pas chez Bloodhound Gang…

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