MAC DEMARCO – Salad Days Faux branleur

(Captured Tracks 2014)

Il y a deux ans, Mac DeMarco faisait une entrée fracassante avec son deuxième album, le bien-nommé 2, empli de bluettes doucement ironiques où il chantait dans un cordon hébété les travestis et les cigarettes cheap tout en arborant le costume du parfait hipster (chemises de bûcheron, casquette pourrie). Succès immédiat pour le canadien, devenu depuis l’idole des lecteurs de Pitchfork, presque une idole générationnelle.

On l’avoue sans fard, on est entrés tardivement dans l’univers singulier de Mac DeMarco. Sans doute parce qu’au moment de la sortie de 2, la hype qui entourait l’artiste nous a incité à regarder autre part. Peut-être aussi parce qu’on était en train d’écouter mille autres choses et qu’on avait plus envie de fuzz heavy que d’arpèges aigrelets. Ce n’est qu’à l’écoute de « Ode To Viceroy », l’hymne fainéant de Mac DeMarco à sa marque de cigarettes favorite, qu’on a fini par saisir le personnage, ce gentil branleur qui semble se rire de tout. On a alors compris qu’on avait affaire à un vrai songwriter doublé d’un personnage attachant. Un chanteur dont la décontraction naturelle paraît dans sa façon de chanter détachée et ses arpèges brinquebalants.

Mac DeMarco étonne autant qu’il agace parce qu’il est en décalage permanent. Sa voix traine, arrive au dernier moment sur le temps. Sa guitare, rafistolée à l’arrache avec une planche de bois, sonne désaccordée. Cela pourrait irriter si ce n’était le reflet de sa nature profonde. Mac DeMarco n’est pas un poseur, c’est un jeune homme qui s’amuse des folies qui l’entourent. L’enrobage cheap de sa musique est avant tout lié à un manque de moyens et a un militantisme DIY.

Comme 2, Salad Days possède un côté laid-back qui passerait presque ici pour de la mélancolie. Ce qui est appréciable, c’est que Mac DeMarco ne cherche pas à jouer au mec cool a tout prix pour préserver son image d’aimable excentrique. La plupart des textes de Salad Days mettent en avant ses doutes, ses insécurités, ses interrogations quant à son statut de chanteur cool. « Salad Days », dont les lalala évoquent « Picture Book » des Kinks, possède un texte empli de nostalgie (l’expression salad days en anglais pourrait se traduire par années de jeunesse ou années vertes) et de lassitude (« Always feeling tired / smiling when required » où il évoque sa vie de musicien en représentation permanente). « Blue Boy » évoque son inquiétude face aux jugements des autres (« Blue boy, worried about the world’s eyes »), « Passing Out Pieces » sa peur que le fait de tant se livrer dans ses chansons ne finisse par lui nuire (« Never been reluctant to share / Passing out pieces of me, don’t you know nothing comes free? / What Mom don’t know has taken its toll on me »).

Tout cela est enrobé de façon toujours aussi déglinguée. On retrouve avec plaisir les arpèges désaccordés et le son de guitare dégueulasse du chanteur. Au sein de ce chaos maîtrisé émerge une voix rassurante qui chante avec un détachement presque soul (« Brother ») des bluettes pop. En termes de production, DeMarco – qui enregistre tout dans son home-studio – a progressé, sortant de son carcan purement lo-fi pour proposer quelques moments de bravoure, tel l’enrobage aux beats presque hip-hop de « Passing Out Pieces » ou ce « Let It Go » qui sonne comme un « Like A Rolling Stone » calypso. Tout au long de l’album, le charme de DeMarco opère parce que le garçon est imprévisible, et clairement doué. Salad Days, avec ses thématiques personnelles et ses mélodies bien ficelées, est un des albums qui aura marqué notre année 2014.

 

 

Tracklisting

1 Salad Days *
2 Blue Boy
3 Brother *
4 Let Her Go
5 Goodbye Weekend *
6 Let My Baby Stay
7 Passing Out Pieces *
8 Treat Her Better
9 Chamber of Reflection
10 Go Easy
11 Johnny’s Odyssey

 

 Vidéos

« Blue Boy »

« Passing Out Pieces »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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