CHEVEU – 1000 Antidote

(Born Bad 2011)

Enfer et damnation ! La fin d’année approche à grands pas et on n’a toujours pas évoqué le fabuleux deuxième album de Cheveu. Il faut croire que la hype – et la surprise de voir ce groupe méconnu soudain exposé dans tous les Télérama et Inrockuptibles – nous a lassé. Alors on a écouté cet album, en silence, on l’a apprécié, en attendant de retrouver l’envie d’écrire. En attendant que la rumeur se taise. En attendant qu’une baudruche occupe toute l’actualité et nous donne envie de revenir aux fondamentaux. Ces dernières semaines, le premier album de Wu Lyf nous a donné envie de nous replonger dans 1000. Quel antidote !

Raide, froide, dénuée d’emphase, toute en contrastes étonnants (qui aurait cru que boite à rythmes et violons se marieraient aussi élégamment ?), la musique de Cheveu provoque des sentiments ambivalents. De la répulsion initiale provoquée par certaines ambiances malsaines (« Sensual Drug Abuse », « Push Bush In The Bush Bush », « The Return Game ») jusqu’à une forme d’épiphanie guidée par l’évidente splendeur de morceaux hors-catégorie (« Quattro Staggioni », « No Birds »). Cheveu sait rendre sa musique inconfortable mais assez troublante pour qu’on se la repasse en boucle (l’improbable reprise de « Ice Ice Baby », « Like A Deer In The Headlights »). David Lemoîne, à la voix rocailleuse, agresse verbalement, les guitares stridentes terrorisent, la rythmique métallique aliène l’auditeur de toute chaleur potentielle. Sur l’essentiel de 1000, Cheveu multiplie les brutalités dans un grand élan sadique, et fait mouche.

Du chaos orchestré par les trois musiciens naît une œuvre troublante, marquante. Le premier album de Cheveu avait révélé un groupe sans équivalent sur la scène hexagonale, prêt à prendre le pouvoir et à enterrer une fois pour toutes la médiocre scène pop-rock à la française sortie des beaux lycées du 6ème arrondissement. Leur second album marque leur couronnement. Ambitieux, dérangeant, fascinant, difficile : Cheveu a réussi un deuxième album encore meilleur que son superbe prédécesseur. Cheveu est LE groupe de rock’n’roll français qu’on a envie de suivre aujourd’hui.

 

 

Tracklisting :

1 – Quattro Stagioni *
2 – Charlie Sheen
3 – No Birds *
4 – Impossible Is Not French
5 – Sensual Drug Abuse
6 – Show!
7 – Ice Ice Baby
8 – Push Push In The Bush Bush *
9 – Like A Dear In The Headlights *
10 – The Return Game
11 – La Fin Au Début
12 – My First Song
13 – Bonne Nuit Chéri

 

Vidéos :

« Charlie Sheen »

 
« Quattro Stagioni »
 
 
 
Vinyle :
 
Cheveu - Mille

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

16 Comments

  1. ça fait plaisir de vous lire ! on était sevré de chroniques ces dernières semaines, là on est gâté !

    J’ai pas encore eu le temps de me plonger dans ce second album qui semble ressembler à ce qu’il propose en live (contrairement au premier acheté après un incroyable concert et qui m’avait un peu
    surpris). Aguichante chronique.

  2. Aaaaaaah, ça me semblait inconcevable que ce disque ne soit pas évoqué en ces pages

    Parce que bon, il déchire méchamment (tout en retournant le crâne), aussi bien sur ses « tubes » (l’enchaînement des 4 premiers titres ébahit) que sur les morceaux les plus tordus (Push push in
    the bush bush
    , fabuleux). Dans le détail, on voit bien qu’ils font strictement ce qu’ils veulent et peuvent se permettre moult glissades stylistiques (Ice ice baby !), la prod plus
    frontale et moins crade ne les a pas rendus moins tarés, loin s’en faut, et c’est heureux

    • Second Sex, Brats … ou tout groupe de gosses de 16 ans qui se sont retrouvés entre 2005 et 2008 surexposés dans la presse parce qu’ils avaient des futals serrés, les cheveux en pétard, des belles guitares entre les mains, une dizaine de chansons inspirées par Pete Doherty comme répertoire et toutes les filles de leur classe du Lycée Montaigne criant à leurs genoux.

    • Merci d’avoir pris la peine de venir déposer deux commentaires monosyllabiques donneurs de leçon… (et comme je suis poli et bien élevé, je vais te la rendre).

      Si ta conception du rock’n’roll c’est les compils rock 50s avec Chuck Berry et Bill Haley qu’on ressort une à deux fois par an à l’occasion de mariages ou de réveillons à mamies endiablées, c’est sur que Cheveu n’a rien de rock’n’roll.

      Par contre, si ta vision du rock’n’roll est celle d’une musique libre, non figée dans des considérations d’un autre âge, où l’énergie, l’enthousiasme, l’experimentalisme joyeux, le groove et l’abandon se rencontrent, là on va être d’accord. Le rock’n’roll (par opposition au rock, ce truc infame qui se joue dans des stades et qu’on entend à RTL2), ce n’est pas la musique figée dans le temps des groupes à greasers et contre-basses revivalistes (Easy Lazy C, etc), c’est un état d’esprit.

      Alors bien sûr tu peux lui coller les adjectifs electro, punk ou lo-fi, mais « Impossible Is Not French », c’est du rock’n’roll bordel.

  3. je suis impatient d’entendre « le rock’n’roll » de mamie endiablée, et attention, interdiction de piocher dans les 50’s, 60’s et 70’s, ça serait trop facile.

  4. Ah ah! Ouais, c’est ça Eric, va donc écouter RATM (sympa ta chronique de leur dernier disque, d’ailleurs) et arrête de nous briser les b*rnes avec ton son de teuf…

  5. Bon alors j’arrive en retard, ayant acheter l’album le mois dernier…

     

    J’avais hate d’écouter cet album. J’avais trouvé quattro stagioni vraiment grandiose. Charlie sheen aussi (sauf les choeurs braillards vraiment imblairables à mon gout). Mais alors en écoutant la
    suite j’ai vraiment déchanté… J’ai eut du mal à terminer l’album, un trou noir question mélodie, une voix assez degueulasse et répugnante, pas de logique dans les chansons… (c’est limite si
    sur certaine chanson ont croierait entendre un groupe de métal..) Mais est ce justement cela qui fait son charme ? C’est vrai que je me suis surpris à le réecouter alors que je l’aimais pas trop.

     

    Bref je vais me faire des détracteurs… Peut etre que dans quelques demi douzaines d’écoute je le trouverai extra. Mais bon, à mon grand étonnement il m’a décu

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