(Deltasonic 2007)

Le groupe liverpuldien emmené par James Skelly et Nick Power (qui signent la plupart des morceaux depuis les débuts de The Coral), a livré au mois d’août 2007 son cinquième album en cinq ans (l’extraordinaire Nightfreak and the Sons of Becker est à mon avis plus qu’un EP, et mérite d’être considéré en tant qu’album). Mis sous les feux de la rampe en même temps que d’autres groupes tels que les Libertines et les Eighties Matchbox B-Line Disaster, The Coral représentait le renouveau du rock anglais, et devait servir de réponse aux groupes américains qui déferlaient sur le Royaume-Uni (Strokes et White Stripes en tête). Depuis la sortie de leur premier, on attend chacun de leurs disques avec impatience.

Pourquoi avoir été aussi long à chroniquer ce disque, dans ce cas ? Excellente question, je vous remercie de l’avoir posée. Depuis quatre ans, à chaque nouvel album, on attend la claque qu’on avait prise à l’écoute de leur premier album. Au moment de Magic and Medicine, on avait été surpris : beaucoup de ballades, et des références agréables, comme le clin d’oeil à Morricone sur “Don’t Think You’re The First”, mais une ambiance très différente (et plus posée) que celle du premier album. Pour la sortie de Nightfreak, on n’avait pas été déçu : le disque était inventif, entraînant et psychédélique : le groupe offrait sur un album les extravagances qu’il proposait en face B de ses singles – et parfois en concert (les soirs de bonne humeur). The Invisible Invasion reproduisait un peu l’impression laissée par le deuxième album et, en un sens, c’est encore le cas pour ce Roots & Echoes, ce qui explique notre lenteur à parler de ce disque.
 
Pourtant, à l’image de ses prédécesseurs, ce disque ne contient aucun mauvais morceau ; il faut donc se résoudre à reconnaître que le sans-faute du groupe se poursuit, même si la position choisie par le groupe est discutable : les morceaux les plus imaginatifs sont souvent relégués en face B. Quoi qu’il en soit, ce groupe reste loin au-dessus de sa concurrence, et les groupes que les disques de The Coral ont influencés (The Zutons, The Basement, The Dead 60s) sont encore loin d’offrir des albums comparables. A ma connaissance, aucun groupe de la scène contemporaine ne peut se targuer d’avoir une production aussi importante et d’une qualité équivalente à celle de The Coral.

Le groupe prouve sur chacune des chansons sa capacité à composer et à enregistrer des morceaux impeccables, depuis “Who’s Gonna Find Me” jusqu’à “Music at Night”. Les six membres du groupe (il semble que John Duffy, le septième membre intermittent, n’ait pas participé) s’entendent parfaitement : chacun sait ce qu’il doit faire pour que chaque chanson soit une réussite totale : Bill Ryder-Jones tient comme toujours la guitare solo, Paul Duffy enchaîne de merveilleuses lignes de basse, Nick Power place ses parties d’orgue avec assurance, le batteur Ian Skelly est aussi bon qu’à l’accoutumée… Les compos sont parfaites, et les textes inventifs offrent de véritables perles “It’s a crying shame to see a kiss become a memory” (“Jacqueline”) ; “I am a stranger in this life, haunted by yesterday’s desires” (“In The Rain”)… La variété de styles est impressionnante : le groupe sait jouer des ballades délicates (“Not So Lonely”, “Jacqueline”, “Rebecca You”), des morceaux où James Skelly tient ouvertement la place centale (les premières mesures de “Not So Lonely”, où le chanteur est accompagné par une guitare acoustique et une basse, sont simplement magnifiques). “Cobwebs” est un morceau dont l’excellence paraît immédiatement : la ligne de basse est bondissante et chaleureuse, et l’orchestration irréprochable. Les percussions hypnotiques qui ouvrent “Remember Me”, comme les envolées de “She’s Got A Reason” et de “Music At Night” et l’extraordinaire “In The Rain” permettent d’appréhender la richesse de l’univers de The Coral. Lorsque le groupe s’échappe au-delà des structures classiques des morceaux, leur musique devient grandiose : sur les deux derniers morceaux (à la construction ambitieuse), les musiciens jouent en parfaits virtuoses. Sur “She’s Got A Reason”, les changements de rythmes et les solos s’enchaînent à merveille ; à mi-chanson, le clavier semble lancer la révolte ; il est rejoint par la guitare de  Ryder-Jones qui livre ici un modèle de solo. La dernière chanson, “Music at Night” est un condensé de ce que le groupe peut proposer : la rythmique est précise est entraînante (basse et batterie tiennent le morceau d’un bout à l’autre), les autres instruments se croisent et s’accordent à la perfection, des chœurs exemplaires font écho au chant de James Skelly…

Ceux qui attendent le premier faux pas du groupe vont devoir patienter : une fois de plus, The Coral a sorti un grand disque.

 

 

Liste des chansons :

1.    Who’s gonna find me   *
2.    Remember me
3.    Put the Sun back
4.    Jacqueline   *
5.    Fireflies
6.    In the rain   *
7.    Not so lonely
8.    Cobwebs
9.    Rebecca you   *
10.    She’s got a reason   *
11.    Music at night    *

Pour écouter cet album en intégralité, Deezer s’impose : www.deezer.com/#music/album/72598
Le MySpace du groupe vaut aussi d’^etre visité : www.myspace.com/thecoral

 

Vidéos :

 “Who’s Gonna Find Me”

 
“Jacqueline” (live)
 

 

Vinyle :

Une pochette sombre qui recycle une vieille photo du groupe, pour un vinyle sobre et assez décevant au niveau du  contenu.

The Coral - Roots & Echoes