TY SEGALL – Hello, Hi

Jouvence acoustique

(Drag City 2022)

Mais si je te promets, je te jure sur la tête de ma mère, celui-ci est BIEN“. Voici le genre de phrases qu’on s’est entendu dire alors qu’on parlait du dernier opus du prolifique blondinet à des amis dubitatifs. 

On le sait, depuis quelques années, Ty Segall prend un malin plaisir à dérouter ses fans avec chaque nouvel album et provoque souvent l’incompréhension. Si on reprend dans l’ordre chronologique, il y avait d’abord eu Goodbye Bread en 2011 qui, avec son approche grunge avait rebuté les fans du rock garage lo-fi de Melted (2010). 

Segall avait ensuite enchainé avec un duo d’albums violents au croisement du glam, du garage et du space-rock : Slaughterhouse (2012), puis  Twins (2012). Il allait enchaîner avec Sleeper (2013), disque acoustique et contrepied total. A nouveau. L’émergence de son trio heavy-psychédélique Fuzz, suivi de Manipulator, l’année suivante, allait alors en faire le musicien le plus en vogue du moment (notez que tous les albums dont on parle ici pour l’instant sont des chefs d’œuvre). Mais, forcément, Segall n’allait pas en rester là.

En 2016, il sortit un album volontairement dissonant, louche et malaisant avec Emotional Mugger. Un disque conçu comme un test pour voir jusqu’où tous ses nouveaux fans qui l’avaient vu à la télé seraient prêts à le suivre. Portant un masque grotesque, Segall ne jouait plus de guitare et hurlait devant des sonorités stridentes. De quoi s’aliéner un tas de gens avec un certain brio, s’assurant ici définitivement que les amateurs de garage lâcheraient l’affaire (ce qu’ils ont fait, croyez nous). 

Depuis, c’est un peu décousu. Segall s’est réinventé en leader de groupe classic-rock avec son Freedom Band qui n’hésitait pas à faire des jams à l’ancienne avec des solos héroïques. Un trio d’albums — Ty Segall (2017), Freedom’s Goblin (2018) et le live Deforming Lobes (2019) — a suivi, avant une nouvelle rupture, celle de First Taste, enregistré sans guitare mais plein de sonorités étranges, puis Harmonizer, dans lequel il mettait à profit son nouveau home-studio empli de joujoux. Deux disques très touffus qui manquaient un peu d’air. 

Hello, Hi, qui sort aujourd’hui, intervient peut-être en réaction à cette phase expérimentale de la carrière de Segall. Après deux albums très produits, le voici qui joue de la guitare acoustique seul dans son salon et, comme par hasard, produit sa meilleure collection de chanson depuis Manipulator. C’est sans doute, dans la discographie du chanteur, le successeur de Sleeper, et son disque le plus doux. Quelque par entre If Only I Could Remember My Name de David Crosby, Oar de Skip Spence et  les Byrds tardifs, l’album est une ode à la scène de Laurel Canyon des années 60-70. 

De temps en temps, Segall se souvient qu’il est un rockeur, avec des riffs surpuissants, comme celui de “Hello, Hi”, morceau au final pas si éloigné de “Feel”, un de ses tubes les plus marquants. “Looking At You”, avec sa guitare aventureuse, est une des belles réussites de l’album, tout comme le diptyque “Saturday” (porté par un solo de saxo magnifique de Mikal Cronin) et la magnifique reprise de “Don’t Lie” des insurpassables Mantles, un de nos groupes préférés de la scène garage de San Francisco des années 2000-2010 qui n’existe malheureusement plus. 

Bref, Hello, Hi est un bon album de Ty Segall. Son plus solide de A à Z depuis des lustres, qui devrait plaire à ceux qui avaient sauté du wagon depuis deux ou trois arrêts. Juré craché. 

 

Tracklisting

  1. Good Morning
  2. Cement *
  3. Over
  4. Hello, Hi *
  5. Blue
  6. Looking At You
  7. Don’t Lie *
  8. Saturday Pt.1
  9. Saturday Pt.2 *
  10. Distraction

 

Vidéos

“Hello, Hi”

“Saturday Pt.2”

Votre adresse e-mail ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *

janvier 2026
L M M J V S D
 1234
567891011
12131415161718
19202122232425
262728293031  

Archives