TY SEGALL – Lemons Do It Yourself rock’n’roll

(Goner Records 2009)

Ce disque a la pochette floutée est le deuxième album en date de Ty Segall ; son premier album, (Ty Segall, publié par Castle Face Records) était sorti quelques mois plus tôt. Ce deuxième disque est aussi percutant et efficace que le nombre de morceaux et sa durée globale le laissaient espérer : douze pistes s’enchaînent en vingt-six minutes. Le son de Lemons est résolument lo-fi ; on a l’impression d’être en face d’un artiste qui s’est imposé des contraintes, et qui tente d’explorer le maximum de ses possibilités dans une économie de moyens évidente. Dans cette perspective, il est indéniable que Ty Segall fait ici un véritable tour de force, et montre un talent certain dans divers styles.

Sur la plupart des pistes, la batterie est basique, les rythmes simples, le jeu de guitare est épuré au maximum (accords gras, son très saturé, solos concis), il ne semble pas y avoir de basse… Ty Segall fait parfois totalement l’économie des percussions (« Rusted Dust ») La voix est très en arrière dans le mix. Les intonations du chanteur sont très souvent stoogiennes. Si le coffre de Segall n’est pas celui d’Iggy, les influences garage US sont évidentes et la démarche earlypunk se retrouve aisément sur quelques-uns des morceaux (« Die Tonight », ou « Johnny »).

On sent un album fait à la maison, avec peu de moyens, mais une très forte envie d’envoyer des morceaux rock’n’roll. Cet aspect déroutera probablement une bonne partie de ceux qui vont écouter ce disque. Cependant, avec sa production dépouillée, Lemons évoque le meilleur du rock indé américain des années 90, entre PavementBeck des débuts et Nirvana version In Utero. Le style oscille entre chansons pop brutes de décoffrage (la magnifique « Lovely One »), ballades noisy (« Rusted Dust »), saillies punk minimalistes (« Johnny »), et morceaux hybrides inclassables : l’ouverture « It #1 », ou encore « In your car », à la rythmique lourde et dont le chant suit délibérément la mélodie – presque note pour note, qui est un morceau monolithique et entêtant.

Homme de goût, Segall se fend en fin d’album d’une reprise excellente du classique « Dropout Boogie » de Captain Beefheart, morceau tiré de l’extraordinaire premier album de Don Van Vliet, Safe As Milk. La chanson trouve parfaitement sa place au milieu des compositions originales de Ty Segall qui composent Lemons. Une raison de plus de se procurer ce disque est qu’il a été publié par le label Memphis Goner Records, fondé par un des anciens membres des Oblivians, Eric Friedl… Une caution supplémentaire apportée à un artiste talentueux, qu’il serait injuste d’ignorer.

 

 

Liste des chansons :

  1. It #1*
  2. Standing at the station
  3. In your car
  4. Lovely One*
  5. Can’t talk
  6. Cents*
  7. Untitled #2
  8. Rusted Dust
  9. Die Tonight *
  10. Johnny
  11. Dropout Boogie
  12. Like You

  

Vidéos :

« It #1 »

 
« Lovely One »
 
 
« Cents »
 

 

Vinyle :

Comme d’habitude, Segall s’amuse à cacher son visage sur sa pochette, cette fois-ci avec une photo floue.

Ty Segall - Lemons

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1.  » On sent un album fait à la maison, avec peu de moyens, mais une très forte envie d’envoyer des morceaux rock’n’roll. »

    C’est la seule chose un peu frustrant (la prise de son de la voix nottament) parceque j’aime vraiment beaucoup, mais le côté « bootleg » live (sur le premier et troisième morceaux) me fait hésiter…

  2. Lemons , album de l’année. La comparaison avec Jay Reatard est évidente avec le son crade de ses premiers enregistrements. Vivement qu’il vienne jouer en France.

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