FRANZ FERDINAND – You Could Have It So Much Better Super fantastisch

(Domino 2005)

…Et Franz Ferdinand sauva le rock britannique. On savait le groupe doué et intelligent. On pensait qu’il avait tout dit au terme d’un premier album efficace mais répétitif. On doutait alors le groupe écossais capable de dépasser sa formule (magique) éprouvée en long en large et en travers dans cet album éponyme au succès fulgurant.

You Could Have It So Much Better porte bien son nom tellement il propulse le groupe dans une catégorie à part, loin devant la concurrence. Libertines? Morts. Babyshambles? L’album s’annonce comme la déception de l’année. White Stripes? On les sent proches de la fin. Strokes? “Juice Box” est encore plus blasant que “12:51”. Coral? Trop perchés. Vines? Coldplay? Vous voulez rire… De tous les groupes de la scene rock actuelle, aucun n’arrive à la cheville du Franz Ferdinand cuvée 2005, tant ce second album est appelé à être rangé au rayon “Classique des classiques” sous peu. Contrairement à la majorité des groupes à usage unique, délivrant un premier album prometteur puis un second constitué des chutes de studio du précédent (levez les yeux quelques lignes plus haut), Franz Ferdinand suivent une trajectoire ascendante. A vrai dire, on ne les attendait pas à tel niveau.

Alex Kapranos, sentant sa dernière chance arriver à 33 ans, ne s’est pas laissé griser par les fragrances d’un succès qui le fuyait depuis des années de galere indie (avec The Karelia, The Yummy Fur et The Amphetameanies dont on peut désormais trouver les médiocres albums avec un sticker rouge écrit “Features Alex Kapranos from Franz Ferdinand”). Il a mis tout ce qu’il avait en lui dans cet album vibrant et sincère. La conviction avec laquelle le frontman pose sa voix suave sur les riffs punks de Nick McCarthy et les magnifiques envolées de piano a la Hunky Dory touchent l’âme de l’auditeur au point de transformer la perception qu’on avait du groupe.

Le premier Franz devoilait un combo robotique mené par un chanteur prenant des poses de crooner comme pour marquer une distance avec le public – le clip de “Take Me Out” etait à ce titre revelateur de l’imagerie Kraftwerkienne que le groupe voulait se donner. Aujourd’hui,la machine Franz Ferdinand – a l’image du bucheron de fer du Magicien d’Oz – s’est dotée d’un Coeur, du supplément d’âme qui lui faisait défaut. On n’ira pas jusqu’a dire que You Could Have It So Much Better est une revolution par rapport à Franz Ferdinand. On parlera plutot de progression. Après des annees de tournees ininterrompues, Bill Hardy n’est plus le bassiste débutant qu’il était lors des sessions du premier LP. Idem pour le batteur Paul Thompson dont le jeu s’est enrichi au point de donner un punch rock’n’roll au groupe alors qu’il n’etait qu’une boite à rythme avec une moustache il y a peu. Par ailleurs, le groupe a changé de producteur en la personne de Rich Costey qui s’est permis quelques prises de risques dans l’enrobage des pépites punk et ballades schizophrènes. Le succes est fracassant.

“Do You Want To” recèle assez de secrets pour que chaque écoute nous révèle un gimmick caché dans l’arrière-plan. Des choeurs merseybeat de “This Boy” à la slide de “Walk Away”, du wooooosh inaugural de “Evil And A Heathen” au synthé vintage de “You The Reason Why I’m Leaving”, du melodica de “Eleonor Put Your Boots On” aux contre-mélodies qui fleurissent sur la plupart des morceaux, l’inventivité est stupéfiante. Le son est d’une grande richesse, au point de rendre l’album difficile d’accès. Les chansons ne se révèlent qu’après plusieurs écoutes, et lorsqu’une mélodie se dévoile de son écrin sonique, sa beauté est éclatante.

Pour le meilleur, Franz Ferdinand a étoffé son répertoire au point d’être méconnaissable sur certains morceaux. Certes, on trouve ici des titres qui portent la griffe punk du groupe (“This Boy”, “Evil And A Heathen”, “You’re The Reason I’m Leaving”, “Well That Was Easy” sont les petites soeurs sous testosterone de “Michael” ou “Darts Of Pleasure”) , d’autres dans la veine funk-pop suivant l’axe “Take Me Out”/”Tell Her Tonight” comme “Do You Want To” et “Outsiders”, mais on trouve surtout des morceaux aux antipodes du “son” Franz Ferdinand.

“The Fallen” ouvre l’album par un rap revendicatif sans réelle melodie mais des guitares severement burnées qui appuient chacune des declarations définitives de Kapranos (“Never judge us”, “Why don’t you walk among us?”). Le choc majeur surgit des la plage 4 et la premiere des trois ballades que contient l’album, le futur single “Walk Away” au refrain misogyne génial de cynisme “I love the sound of you walking away” (qu’on ne peut s’empecher de rapprocher au “You’re gonna miss me” des Thirteen Floor Elevators). De ces chansons semi-acoustiques, celle qui frappe le plus par sa perfection est l’intemporelle “Eleonor Put Your Boots On” qui voit le groupe se frotter aux univers sonores de Ray Davies ou David Bowie (circa 1972). La symbiose entre la voix chaleureuse de Kapranos et la ligne de piano qui tourne autour de la mélodie McCartneyienne crée une tension qui fait de cette chanson l’Everest de l’album. Ces arrangements précieux et le chant de crooner font inévitablement penser a Roxy Music. L’époque est décidément au glam.

L’ordre des chanson est intelligemment construit, posant ces deux minutes de grâce après les deux morceaux les plus enervés du disque. Le contraste est fulgurant, la claque renversante, c’est une épiphanie. On n’attendait pas Franz Ferdinand sur ce plan là. Le mouvement opéré par ces art-rockers sur cet album est un bond en avant extraordinaire qui les voit passer du statut de groupe sympathique pour filles à celui de poids lourd de la scène rock actuelle (quel dommage qu’ils soient si décevants en concert!). Ils ont transcendé leur potentiel de façon exponentielle au point de toucher le très haut dans un deuxième album parfait. 13 chansons, 13 singles.

Oh, on a peu parlé des paroles – très bien écrites, invoquant souvent une liaison terminée dans la douleur . Les textes, tantôt aigres, nostalgiques, agressifs ou provocateurs achèvent de faire de cet album une réussite totale. Il faut être gonflé pour sortir un single avec une reference aussi explicite que “Do you wanna go where I’ve never let you before” (dans “Do You Want To”…pour ceux qui doutent de cette interpretation, le titre de la chanson parle de lui-meme)…et tout le monde de chanter “Tumtum tumdududududum…”. Album de l’annee.

 

  

Tracklisting 

1. The Fallen  *
2. Do You Want To  *
3. This Boy
4. Walk Away  *
5. Evil and a Heathen
6. You’re the Reason i’m Leaving  *
7. Eleanor Put Your Boots on  *
8. Well That Was Easy
9. What You Meant
10. I’m Your Villain
11. You Could Have It So Much Better  *
12. Fade Together
13. Outsiders  *

 

Quelques vidéos :

« Do You Want To »

 
« The Fallen »
 

« Walk Away »

 
Vinyle :

Franz Ferdinand - You Could Have It So Much Better

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. "une boîte à rythme avec une moustache"… j’apprécie en connaisseur.

    A part cela, "You could have it…" est un très bon album; les Franz Ferdinand ont un gros son et des bonnes chansons, il le savent, c’est tant mieux pour tout le monde. 

  2. Cela me fait très plaisir de trouver quelques fans de Franz Ferdinand après avoir entendu beaucoup de monde descendre ce 2è album en flammes ! Car même s’il est un peu moins bon que l’album éponyme, "You could have it so much better contient tout de même de nombreux trésors !

    Allez, un peu de pub personnelle, je te laisse également un trackback !

  3. Je viens de découvrir ce disque, il a presque aussi bien vieilli que cette critique ! Faut s’accrocher un peu avec certains morceaux à la rythmique disco, mais globalement c’est impressionnant de classe et de générosité.
    Les trois ballades et en particulier « Eleanor put your boots on » m’ont moi aussi laissé sur le cul…

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