MGMT – MGMT Affaire classée ?

(Columbia 2013)

Il y a deux sortes de personnes qui apprécient MGMT : les amoureux de la première heure, pour qui « Time To Pretend » et « Kids » sont des classiques immortels de la pop contemporaine, que l’album Congratulations avait un peu désarçonnés. Et puis il y a les fans tardifs, ceux qui avait observé l’emballement de la presse et du public pour Oracular Spectacular d’un œil un peu circonspect mais lui reconnaissaient quelques mérites. Des gens tombés amoureux de MGMT avec Congratulations, disque aventureux empli de milliers de bonnes idées et de quelques grands morceaux (« Flash Delirium », « I Found A Whistle », « Song For Dan Treacy »). Pour son troisième album, MGMT a réussi à mettre ses deux publics sur la même longueur d’onde. Belle performance sauf qu’en l’occurrence c’est parce que le disque est unanimement reconnu comme une vaste foirade.

Il faut dire que Ben Goldwasser et Andrew VanWyngarden y sont allés fort pour ce disque officiellement sans nom, que certains appellent déjà Stylz Unlimited d’après la pochette. Voici un disque dans lequel on éprouve des difficultés à discerner la moindre véritable mélodie, où les effets spéciaux omniprésents viennent plus polluer les morceaux que les enrichir, où le groupe ne trace aucune ligne de conduite claire.

Autant dire que pour le grand public, c’est mort. On peut même parler de suicide commercial. Congratulations était déjà trop perché pour l’auditeur occasionnel, alors tenter de faire avaler des trucs tels que « Your Life Is A Lie » ou « I Love You Too, Death » à des gens qui écoutent Arcade Fire dans leur autoradio revient à vouloir faire danser des gens sur des compilations de Moog le soir du nouvel an (bide assuré, même chez des gens de qualité, croyez-nous).

Le problème dans tout cela pour MGMT, c’est que même l’amateur de space-rock, de bizarreries électroniques ou de rock déviant à la Butthole Surfers ne trouvera pas ici son compte. Car malgré la profusion de gimmicks bizarres, le son de l’album est finalement peu aventureux (en tous cas pas plus que le dernier Flaming Lips ou n’importe quel publication de Timmy Vulgar). Quitte à faire plaisir aux freaks, on aurait aimé que le disque soit un peu plus barré, plus radical.  Ici le groupe essaie d’osciller entre mélodies étranges et morceaux far-out, mais le mélange ne convainc pas vraiment. Les titres supposément planants ne décollent pas (« An Orphan Of Fortune », « A Good Sadness », « Astro-Mancy » sans intérêt), et l’album ne tient finalement que par les trois ou quatre mélodies identifiables qu’il contient : « Alien Days » avec son intro chantée par une jeune fille et son solo de flute à bec, le voyage cosmique de « Mystery Disease », « Introspection » et ses arrangements rétro-futuristes, la jolie bluette déglinguée de « Plenty Of Girls In The Sea ». Les autres morceaux, censément perchés, déçoivent par leur manque de scope. Qu’y a-t-il d’outrancier dans un truc tel que « Astro-Mancy » ? Pas grand-chose. On a déjà entendu mille fois ce genre de morceaux synthétiques vaguement atmosphériques. Bien sûr le fan de « Kids » sera décontenancé, mais quitte à le faire, autant choquer avec un bon morceau…

Difficile de comprendre ce que MGMT a voulu faire avec cet album. S’aliéner le grand public ? C’est sans doute mission réussie, mais à quoi bon ? Pour satisfaire les fans de musique bizarre et déglinguée ? Non. Le disque est bien trop sage, et MGMT, qui nous avait habitué à des moments de bravoure mémorables (cf « Siberian Breaks »), semble plutôt utiliser son arsenal de joujoux de studio comme un cache-misère à un manque d’inspiration. « MGMT » n’est ni le désastre annoncé par une grande partie de la critique, ni le chef d’œuvre incompris décrit par quelques gros malins trop contents de prendre le contre-pied, c’est simplement un album globalement décevant, que quelques jolies chansons parviennent presque à sauver. Pas de quoi s’emballer pour l’avenir du groupe en tous cas. MGMT, affaire classée ?

 

 

Tracklisting :

  1. Alien Days *
  2. Cool Song No. 2
  3. Mystery Disease
  4. Introspection *
  5. Your Life Is A Lie
  6. A Good Sadness
  7. Astro-Mancy
  8. I Love You Too, Death
  9. Plenty Of Girls In The Sea *
  10. An Orphan Of Fortune

 

Vidéos :

« Alien Days »

 
« Your Life Is A Lie »
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

2 Comments

  1. http://www.magicrpm.com/a-lire/interview/mgmt/rencontre-21-08-14

    Cette interview (intéressante) apporte quelques lumières sur les conditions de l’enregistrement du disque et l’état d’esprit dans lequel ils étaient à ce moment-là. J’y apprends aussi qu’ils ont enregistré cet album avec Fridmann, qui était également le producteur du premier, ce qui est peut-être à considérer dans l’analyse du disque et qui pourrait partiellement expliquer le syndrome du « cul entre deux chaises » que tu sembles décrire dans l’article.

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