JACCO GARDNER – Hypnophobia Horizons nouveaux

(Full Time Hobby 2015)

On ne l’a jamais caché, on adore Jacco Gardner. Son premier album, hommage brillant à la pop baroque de la fin des années 60, nous avait touchés en plein coeur à sa sortie et tourne encore souvent sur notre platine. Un classique instantané qui n’a pas plu à quelques grincheux – « pas assez garage », « trop révérencieux », « trop sixties » – mais qui l’a consacré en 2013 comme tête de file d’un mouvement psychédélique alors naissant (et depuis porté par des artistes tels que Temples, Paperhead, Morgan Delt ou Doug Tuttle). C’est dire si on attendait cet album, d’autant que notre enthousiasme avait été entretenu par les quelques inédits parus çà et là dans l’intervalle (en particulier la superbe « The End of August » ). Hypnophobia – littéralement la peur de dormir – n’est certainement pas l’album qu’on attendait…

A l’image de sa pochette en forme d’affiche de film, Hypnophobia est un disque cinématographique, empli de passages instrumentaux servis par une production léchée, mais finalement loin du format pop. Oubliées les vignettes psychédéliques de trois minutes à la Syd Barrett telles que « Little Jane », « Chameleon » ou « Summer’s Game », dont les mélodies à tiroir portées par des arrangements délicats faisaient le sel de Cabinet Of Curiosities. Ce disque fait la part belle aux morceaux étirés et méditatifs. Surtout, il montre un Jacco Gardner plus porté sur les titres alambiqués que sur le refrain qui tue. 

On aurait dû s’en douter dès la pochette signée Julian House, designer des pochettes de Broadcast, un des groupes préférés de Gardner et une influence majeure sur ce disque : le lutin batave est avant tout un homme de studio, qui n’aime rien de mieux que créer des environnements sonores. En dehors de trois ou quatre mélodies marquantes, les chansons d’Hypnophobia sont essentiellement des grilles d’accord et des bases rythmiques pour les instrumentations rétro-futuristes de Gardner. Quand le musicien est inspiré, on obtient des merveilles telles que « Grey Lanes », à la ligne de basse fabuleuse, qui évoque Air période Virgin Suicides (d’autres magiciens de studio tournés vers le passé). A l’image de « Before The Dawn », odyssée de 8 minutes qui débute formidablement bien mais n’aboutit à rien – en tous cas qui ne propose pas de final a la hauteur de l’attente générée par sa lente progression – Hypnophobia est un disque qui manque parfois de focus, notamment sur sa face B qui manque de grands morceaux. 

C’est pour cette raison qu’Hypnophobia nous a déçus à première écoute. Jacco Gardner semble par moments avoir oublié d’écrire des chansons. Aucun titre ici n’arrive à la hauteur de « Where Will You Go » ou même « One-Eyed King », et, surtout, à aucun moment on n’est submergé par la beauté immédiate d’un passage, un de ces moments Eurêka ! où tout paraît parfait. Cela dit, l’album est loin être mauvais, c’est un grower, un de ces disques qu’on apprécie un peu plus à chaque écoute et qui s’avère excellent. Il marque simplement un départ de Gardner du format chanson vers d’autres horizons. Les amateurs de rêveries gainsbourgiennes, d’instrumentaux planants et d’arrangements pop sophistiqués devraient prendre un immense plaisir à l’écoute d’Hypnophobia.

 

 

Tracklisting :

1 Another You
2 Grey Lines *
3 Brightly *
4 Find Yourself
5 Face to Face
6 Outside Forever
7 Before The Dawn
8 Hypnophobia
9 Make Me See
10 All Over *

 

Vidéo :

 « Find Yourself »

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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