KINGS OF LEON – Aha Shake Heartbreak Redécouverte

(Sony BMG 2004)

Dans une interview au NME, les Kings Of Leon expliquaient que le savoir encyclopédique des membres de The Coral en matière de rock’n’roll les avait impressionnés. La scouse armada leur avait fait alors fait découvrir divers groupes britanniques, notamment Joy Division.

Apparemment le groupe post-punk mancunien a étourdi le quatuor de Nashville au point de les influencer grandement dans ce deuxième album qui nous avait déçu à sa sortie. Là où on attendait un album de rock sudiste énervé dans la veine de Youth And Young Manhood, la famille Followill nous avait alors concocté un album de pop reposé. Preuve ultime de leur nouvelles direction, Caleb n’avait pas hésité à se raser la moustache – révélant au passage un visage poupon et perdant son image de rock-star seventies charismatique – tandis que les autres membres se raccourcissaient les cheveux et arboraient des styles de fashion victim pour un effet discutable (leur t-shirt et leur bandeau de sport rappelaient plus le passage de Bernard Tapie chez Gymtonic qu’un groupe de rock).

Le son et l’image ayant changé, fallait-il vraiment bouder cet album? Deux ans après sa sortie, il s’avère qu’on a eu tort d’enterrer cet album. En fait, le groupe, à l’instar de tous ses contemporains des années businness, a écrit son deuxième album après avoir vendu son premier partout dans le monde, exténué, à bout de forces, écoeuré par la réalité de la vie en rock. Que ce deuxième opus soit plus reposé, à l’image d’un groupe exprimant son besoin de souffler, que ce premier album qui avait contribué au renouveau du rock, est donc légitime. Il n’en est pas pour autant aussi mou qu’on voudrait le croire. Hormis quelques ballades dispensables – la soporifique « Rememo » et surtout « Day Old Blues » et son hilarant yodel qui attaque le groupe dans sa crédibilité – le disque rocke du début à la fin, pas dans un esprit punk mais plutôt sur le terrain de groupes folk-rock comme les Magic Numbers.

Plusieurs morceaux sont de vrais morceaux de bravoure rock’n’roll façon seventies. « Slow Night, So Long » et son intro empruntée à « Love Will Tear Us Apart » de Joy Division ouvre le ballet de la meilleure des manières, en dévoilant la nouvelle formule du groupe, à savoir réussir un mix de rock sudiste et de post-punk mancunien. C’est la section rythmique qui a visiblement le plus évolué depuis le premier album, le bassiste en particulier calquant son jeu funky sur celui de Peter Hook tout au long de l’album. Même l’excellent batteur, l’ainé Nathan – seul à avoir gardé sa virilité capillaire intacte – est allé piocher du côté de groupes comme Franz Ferdinand pour un « Razz » robotique et endiablé.

Les Kings Of Leon ont parfaitement digéré leurs nouvelles influences. Leur album s’avère, en fait, nettement plus ambitieux que leur premier. On n’est pas dans le cas de Strokes ayant du mal à succéder à leur propre chef d’œuvre ou de Datsuns bâclant leur deuxième disque pour repartir en tournée au plus vite. Non. « Aha Shake Heartbreak » est un album courageux, un album réfléchi et très bien écrit.

Si les morceaux ont déçu à première écoute, c’est en raison de ce changement de cap surprenant et cette volonté de ralentir le tempo sur les chansons les plus audacieuses. « Milk » en est l’exemple type. Après une intro synthé/guitare acoustique, le morceau décolle avec l’arrivée de la basse et de la batterie. Un motif électronique illumine la chanson lors du passage instrumental qui fait office de refrain – un moment de magie, certes plus proche d’un Devendra Banhart s’étant offert un moog à Noël que de Creeedence, qui confère à l’album une richesse et une profondeur dont on aurait jamais cru le groupe capable.

Le premier single, « The Bucket » avait déçu (un de plus… quelle erreur!). On ne peut pourtant aujourd’hui que louer cet essai folk-rock à la mélodie magnifique. On pourrait dire la même chose de « Soft », qui, si elle porte bien son nom, n’est pas à jeter à la poubelle pour autant et de « King of Rodeo » qui est moins enlevé que son titre ne le laissait suggérer. Par ailleurs, dans tous ces morceaux mid-tempo, la virtuosité des deux guitaristes est frappante. Elle l’est encore plus dans les passages 100% rock’n’roll de l’album – et il y en beaucoup. « Taper Jean Girl » est sans doute le meilleur morceau de l’album, celui où les Kings Of Leon battent des Strokes en pleine déprime à leur propre jeu. Le solo de guitare est d’une simplicité et d’une efficacité effarante. Le rock n’a pas besoin d’être compliqué pour fonctionner. Dans sa foulée, « Pistol Of Fire » est un morceau encore plus emballant que ceux du premier album, un classique de rock garage assumé que la voix extraordinaire de Caleb transcende. « Velvet Snow », lui, est le morceau le plus énervé du lot. Quant au single « Four Kicks », il faut avoir vu la jeunesse se déhancher sur cette chanson pour comprendre qu’il s’agit d’un véritable tube.

Pourquoi avoir été hermétique à cet album lors de sa sortie en 2004 ? Au milieu de la pléthore de groupes garage qui sortaient des excellents disques à cette époque, on avait porté notre affection sur d’autres disques. On pouvait se passer d’un Kings Of Leon qui tardait à livrer ses charmes. En pleine déconfiture new-wave, redécouvrir cet album est une heureuse surprise. On se prend du coup à être impatient de la sortie de leur prochain disque, chose impensable il y a peu. Par contre, s’ils pouvaient éviter de nous refaire des clips aussi pourris que celui de « Four Kicks », le monde entier serait soulagé, merci.

  

 

Tracklisting :

1 Slow night, so long *
2 King of the rodeo
3 Taper Jean girl *
4 Pistol of fire *
5 Milk
6 The Bucket
7 Soft
8 Razz *
9 Day old blues
10 Four kicks *
11 Velvet snow
12 Rememo

L’album est en écoute sur Deezer.

 

Vidéos : 

« Four Kicks »

 
« The Bucket »
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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