HUMAN EYE – 4 : Into Unknown Vers l'infini et au-delà

(In The Red 2013)

On se souvient des premiers albums de Human Eye avec un brin de nostalgie teintée de snobisme. Violents, bruitistes, dérangés : ces albums exigeaient de l’auditeur un amour immodéré pour les larsens et les bizarreries psychédéliques. Timmy Lampinen avait les nerfs, s’imaginait sur des planètes distantes et avançait dans l’inconnu. Cette musique dérangeante qu’il nomma alienpunk était alors en friche, Human Eye s’annonçait comme le premier groupe d’une nouvelle mouvance et Timmy’s Organism le laboratoire où Timmy formalisait ses idées sans censure. Toute cette recherche aboutit à un véritable chef d’œuvre de rock déviant publié en 2011 : They Came From The Sky. Un délire space-rock déstructuré, empli de grands morceaux et de coups de foie géniaux. Les tables de la Loi de l’alien-punk, le Fun House de son auteur.

Depuis la sortie de cet album unique en son genre, la trajectoire de Timmy Lampinen a pris un tour nouveau. Le chanteur a relancé les légendaires Clone Defects pour quelques dates de concert début 2013 (malheureusement cette expérience ne se produira plus, le batteur Fast Eddie étant décédé cet automne) et a sorti sous l’identité de Timmy’s Organism un album étonnamment classique dans son approche, Raw Sewage Roq, punk et garage.

4 : Into Unknown sorti ce printemps chez In The Red témoigne en partie de ce recentrage de Timmy. L’album est sans doute le moins violent de toute la discographie du chanteur et déroute à première écoute. On le trouve mou, peu inspiré, moins fou que d’habitude. Presque mainstream. Les guitares, souvent soumises à divers filtres déformants, sonnent propres, la batterie est étonnamment sobre… pour peu on croirait que Timmy a pris un coup de vieux et qu’à trop affiner la recette de ses tacos, il a fini par perdre celle de sa musique extra-terrestre.

En réalité, la vérité est tout autre. 4 : Into Unknown est admirable. C’est un disque pour lequel l’auditeur habitué aux folies de Timmy doit désapprendre Human Eye. En se déparant de ses excentricités, Timmy Vulgar revient aux bases du rock – toutes les chansons sont centrées ici autour d’un riff de guitare marquant – mais s’approprie les codes du space-rock le plus planant : montées lentes, claviers stellaires, structures surprenantes. Jadis Human Eye sonnait comme Roky Erickson jammant avec les Residents au milieu des monstres de la Cantine de Star Wars. Désormais, le groupe dépeint des paysages stellaires et s’apparente à des pionniers du rock cosmique tels qu’Amon Duul II. Le morceau qui illustre le mieux cette approche est « Surface Of Pluto », avec sa lente montée initiée à la guitare acoustique (!) et au piano (!!) suivie d’un long solo plaintif avant l’arrivée d’une mélodie. Nombreux sont les morceaux ainsi agencés (« Faces In The Shadow », « Into Unknown ») » qui contribuent à créer une atmosphère aussi cosmique qu’étrange. La palme du genre – à la limite du grand n’importe quoi – provient de « Unknown Lone Wolf », odyssée space-spaghetti où Timmy narre les aventures d’un improbable héros qu’il ponctue d’affriolantes cavalcades de guitares. La plupart des autres morceaux qui constituent l’ossature de l’album, se composent souvent d’un riff de fuzz et de couplets plus scandés que véritablement chantés (« Getting Mean », « Juicy Jaw »). Les seuls morceaux ressemblant véritablement aux œuvres passées de Timmy sont les plus nerveux (« Alligator Dance », digne des Clone Defects, et « Buzzin’ Flies » seul passage alien-punk de l’album).

Ainsi, 4 : Into Unknown demeure l’album de Human Eye le plus accessible aux néophytes. L’amateur de plâneries sorties des années 70 y trouvera son compte, ce qui n’est pas forcément le cas du rockeur en quête de garage made in Detroit. Le rock déviant de Human Eye ne s’est de toute façon jamais adressé à ces derniers, et ce n’est pas la nouvelle orientation space du groupe qui les émoustillera. Une fois de plus Timmy a fait un album dédié aux freaks. La mue de Human Eye est un succès qui ouvre de nombreuses perspectives au groupe, un voyage dans l’inconnu qui s’annonce passionnant.

 

 

Tracklisting :

1. Gettin’ Mean
2. Alligator Dance *
3. Immortal Soldier
4. Surface Of Pluto *
5. Buzzin’ Flies
6. Juicy Jaw *
7. Faces In The Shadows
8. Outlaw Lone Wolf *
9. Into Unknown

 

Vidéo :

« Alligator Dance »

 

Vinyle :

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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