KEVIN AYERS – Joy Of A Toy Gourou banana

(Harvest 1969)

Cet album est le premier disque solo de Kevin Ayers, ancien bassiste de Soft Machine, groupe qu’Ayers avait quitté après l’extraordinaire Volume 1 (enregistré en trois jours au milieu de leur tournée américaine et produit par Tom Wilson) dont il avait composé la grande majorité des chansons. Ayers avait finalement quitté le groupe pendant cette tournée (pour laquelle Soft Machine assurait la première partie du Jimi Hendrix Experience) et, de retour en Europe, il signa rapidement un contrat pour Harvest, le tout jeune label psychédélique d’EMI (celui notamment de Pink Floyd, puis de Syd Barrett en solo).

Ce disque permet de dresser le portrait de Kevin Ayers: imaginatif, farfelu, hédoniste, il est en cette fin de décennie sixties comme un compositeur aussi créatif que virtuose… Sur Joy of a Toy, Ayers s’autorise toutes les fantaisies, et enchaîne les morceaux splendides avec une facilité tellement déconcertante qu’elle en deviendrait presque horripilante.   

Le premier morceau, « Joy of a toy continued », ouvre l’album à la manière d’une fanfare: la mélodie est chantée en chœur, puis arrivent une partie de flûte enjouée et un trombone mémorable. La batterie (tenue par Robert Wyatt sur la quasi-totalité du disque) est déjà réjouissante, tout comme la bondissante ligne de basse, assurée par Ayers lui-même. L’ensemble du disque est parcouru de chansons de ce type, des morceaux « fanfare », débordants d’un joyeux je-m’en-foutisme et interprétés avec un enthousiasme communicatif : « Joy of a toy continued »; « Stop This Train »; « Oleh Oleh Bandu Bandong »… Dans chacune de ces chansons, on peut déceler ce qui fait le  »style Ayers »; une ligne de basse suramplifiée, et, à chaque fois, un élément musical (au moins) qui parvient à tirer son épingle du jeu: batterie sur « Stop this train », flûte et trombone pour « Joy of a toy continued », chœurs sur « Oleh Oleh Bandu Bandong ».

L’album alterne ces chansons joyeuses avec des morceaux plus lents absolument extraordinaires, qui placent Ayers dans la catégorie des plus grands : « Girl on a swing », « The Lady Rachel » et « Eleanor’s cake (which ate her) » sont des chansons magnifiques. Parmi celles-ci, celle qui illustre le mieux le style d’écriture d’Ayers est sans conteste « The Lady Rachel » : cette ballade, rythmée par une formidable ligne de basse (une fois de plus) est une de ses plus belles chansons, aux arrangements impeccables, et dont les premiers vers hanteront l’auditeur: « She climbs up the stairs / By the light of a candle / Then the church with no handle / Is closing behind her again« .

Les pistes bonus ajoutées à la fin de l’album offrent, en plus de nouvelles versions de « The Lady Rachel », une chanson enregistrée en septembre 1969 (« Soon Soon Soon »), et surtout  différentes prises de « Religious Experience (Singing a song in the morning) », dont une sur laquelle Syd Barrett tient une guitare. Depuis longtemps éjecté de Pink Floyd, Barrett prouve qu’il était encore capable de réussir de grandes choses en novembre 1969. Malheureusement, sa guitare psychédélique fut jugée « trop peu commerciale », cette prise disparut dans des cartons, et la chanson fut réenregistrée pour la sortie single.

 

 

Tracklisting :

1. Joy Of A Toy Continued
2. Town Feeling *
3. Clarietta Rag *
4. Girl On A Swing
5. Song For Insane Times
6. Stop This Train (Again Doing It) *
7. Eleanor’s Cake (Which Ate Her)
8. Lady Rachel *
9. Oleh Oleh Bandu Bandong
10. All This Crazy Gift Of Time

L’album sur Deezer : www.deezer.com/fr/#music/kevin-ayers/joy-of-a-toy-333294

 

Vinyle :

L’album a été réédité en 2012 par Vinylissimo.

KEVIN AYERS - Joy Of A Toy

Rémi

Rédacteur amiral, plombier polonais, dépoussiéreur d'étagères, objectivité totale.

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