THE WOLFMANHATTAN PROJECT – Smells Like You Un petit groupe prometteur

(In The Red 2015)

La belle équipe que voilà : Mick Collins, Kid Congo et Bob Bert, réunis au sein d’un seul et même groupe ! Rappelons (pour les non-inités ou ceux qui ont une mauvaise mémoire des noms) qu’en parcourant les C.V. de ces messieurs, on croise rien moins que The Gories, The Dirtbombs, The Cramps, The Gun Club, Sonic Youth ou Pussy Galore… Cette association, une fois n’est pas coutume, mérite donc la qualification de supergroupe.

On entend bien quelques louveteaux décérébrés, au fond de la salle, railler l’âge vénérable de ces vétérans du garage (50-55 ans, on en connaît qui croulent sous moins que ça, c’est vrai). Pourtant, les récentes tournées françaises de Kid Congo et ses Pink Monkey Birds, ainsi que celle des Gories l’an passé, nous auront prouvé avec flamboyance que ces gens-là ne sont pas faits du même bois que les sempiternels dinosaures du rock : sans une once de complaisance passéiste, les deux groupes ont livré des concerts rutilants et implacables, conscients que le garage-rock et son impitoyable public n’autorisent pas les baisses de régime. Fallait-il s’en étonner de la part d’hommes qui, jamais, au grand jamais, ne commirent la moindre faute de goût ? De la part de ces quelques rares élus qui, incompréhensiblement, traversèrent les années 1980 sans mullet ni synthé ? Assurément pas. A priori, donc, pas trop de souci à se faire concernant le produit de cette addition magique, que les trois intéressés choisirent eux-mêmes de nommer : The Wolfmanhattan Project.

Voici donc venu Smells Like You, premier single du groupe paru avec discrétion en préambule à un album bouclé depuis le printemps 2015 (et qui ne devrait donc plus tarder à voir le jour). On ne sait si cette publication est destinée à apaiser notre impatience, mais, si tel était le cas, il nous faudrait reprocher aux braves gens de chez In The Red leur piètre connaissance de la psychologie de base du garageux : à peine entend-on les premières notes du riff tout raide de « Smells Like You » que nos genoux se mettent à trembler frénétiquement, nos pieds à écraser le sol et notre cœur à battre la chamade. On n’avait plus entendu de nouveaux morceaux de Mick Collins depuis un moment (depuis Ooey Gooey Chewy Ka-Blooey des Dirtbombs, en fait, soit près de deux ans), l’outrage est réparé : c’est lui qui prend les rênes de ce titre, très Gories dans l’esprit. Au menu : minimalisme cradingue, efficacité maximale, solo bruitiste et cowbell de rigueur. On constate que la voix de Collins, conquérante et immuable, se marie à merveille avec celle, ténébreuse et menaçante, de Kid Congo ; que le jeu de batterie de Bob Bert accompagne parfaitement la musique brinquebalante de ses compères ; qu’à l’avenir, pour donner une définition du rock garage au néophyte, on pourra en référer sereinement au Wolfmanhattan Project.

La face B est menée par un Kid Congo coassant en talk-over sur le bien-nommé « You’re My Glue ». Difficile ici de ne pas penser aux Cramps, avec ces deux accords joués en boucle sur un rythme hypnotique et la théâtralité macabre dont fait preuve le Kid. Ce dernier ouvre la chanson avec morgue sur un troublant « I spit in the face of human nature / But all I got was a suit of paper », avant de raconter une histoire délirante dont on n’a pas encore bien saisi tous les tenants et aboutissants. Derrière lui, Mick Collins se fend de chœurs spectraux et, sans qu’on le voit venir, bouleversants. La symbiose entre les trois hommes est complète, on en reste sans voix : ce qu’ils nous offrent est – déjà – fantastique. The Wolfmanhattan Project, un petit groupe à suivre, donc.

 

 

Tracklisting:

Face A : Smells Like You
Face B : You Are My Glue

 

En écoute :

Un disque difficile à dénicher, aussi bien en physique (les dernières sorties d’In The Red sont très chères depuis la hausse des frais postaux américains) qu’en numérique. Heureusement, Youtube est là :

Léo

Scribouillard double-sévreux, enthousiaste immodéré, ex-cédéphile.

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