PARIS CALLING – Compilation Enfin du changement?

(Bonus Tracks 2006)

 

Depuis quelques mois, le vénérable magazine Rock & Folk se fend d’une rubrique « Busty Theory » dans laquelle une jeune journaliste essaie de nous vendre une nouvelle scène punk parisienne. Des gosses bien sapés – en grande majorité des post-lycéens de 18 ans en Converse – qui ont pris les Strokes, les White Stripes puis les Libertines dans la gueule et ont vu leur existence changée à jamais…

Vu de Londres, on a bien évidemment accueilli l’enthousiasme du magazine avec circonspection. Ce n’est pas la première fois qu’on voit la bande à Manœuvre s’emballer de la sorte, on demande à voir… Hormis quelques singles sortis en quantité limitée (« Sophie » des Parisians, « Mauvais Garçon » des Naast depuis peu) et les démos mises en écoute sur leurs pages MySpace, peu de choses ont filtré de ces groupes. 

Arrive aujourd’hui la phase 2 du plan de conquête avec cette compilation sponsorisée par le magazine (il n’y a qu’à voir la liste des remerciements pour s’en rendre compte), qui se veut un panorama de cette scène, une sorte de Sympathetic Sounds Of Paris. Le procédé choisi est d’ailleurs le même que pour la mythique compilation de Detroit : tous les groupes (à l’exception des Hellboys) sont produits par la même personne, à savoir Yarol Poupaud, frère de l’acteur Melvil et membre du combo funk des années 90 F.F.F.

Sept groupes se partagent la galette. Les premiers sont les Second Sex qui réussissent l’exploit de faire voler en éclats nos a priori médisants et notre anti-parisianisme primaire en trois minutes trente. « Lick My Boots » – leur seul morceau sur cette compilation -, brûlot punk à mi-chemin entre Johnny Thunders et les Stooges ouvre le disque de manière magistrale, une sacrée claque qui fait naître un fol espoir : et si c’était vrai?

Les groupes qui suivent font de leur mieux pour prolonger l’euphorie : The Plasticines (qui viennent récemment de se rebaptiser Plasticines) proposent un rock garage plutôt bien ficelé, notamment sur l’excellent « Shake ». Le fait que ce groupe soit 100% féminin est assez appréciable. La France tient ses propres Demoliton Doll Rods. Les jeunes Shades carburent eux au garage 60s, ce qui colle parfaitement à leur côté angélique. On apprécie en connaisseur le son d’orgue hammond sur le très bon « L’Enfant Prodige », chanson toute en retenue qui explose en solos déments à 1’55 ». Ces mecs ont du Seeds, du Remains en eux. Excellent.

La suite du disque est plus chaotique. L’intensité baisse nettement avec le poussif « Besoin de Rien » des Hellboys . Le groupe de l’excellent Nikola Acin est nettement plus convaincant lorsqu’il envoie un morceau de rock’n’roll garage en anglais avec ce « Burn It Down » poseur aux contours fifties qui écrase tout sur son passage et nous dégage de la mauvaise impression initiale. Ouf. On ne pourra malheureusement pas en dire autant de The Rolls et surtout de Brooklyn qu’on a trouvés assez anonymes – comprenez par là qu’ils sonnent comme des milliers d’autres groupes. Si on peut reprocher aux premiers de ne pas dégager une grande personnalité, la pop noisy de « Heart Lies » et « Clandestine » nous casse carrément les pieds. A oublier.

Le meilleur morceau ici demeure sans doute « Why Choose One Side » des Parisians qu’il est réjouissant de découvrir dans sa version électrifiée (la version acoustique est d’ailleurs toujours disponible sur leur site). Le groupe qui a déclenché l’étincelle en 2004 a connu des heures sombres et de changements de line-up mais semble à nouveau prêt à en découdre. Excellente nouvelle.

Hormis quelques faux pas, cette compilation réussit à nous convaincre qu’il y a actuellement du talent dans la capitale. Après le formidable album des Hushpuppies et l’encourageante compilation Le Nouveau Rock’n’Roll Français, on a une raison de plus de se réjouir du bon état de santé de la scène rock française. Tous ces groupes qui n’en sont qu’à leurs balbutiements nous promettent quelques bons albums pour 2007. Avec Second Sex, Parisians et Plasticines, l’avenir s’annonce intéressant (et on n’a pas parlé des Naast, des Brats ou des Purple Lords qui méritent l’attention aussi). Peut-être, dans un avenir proche, verrons-nous ces groupes percer à l’étranger et faire de la France une place forte du rock’n’roll mondial (j’en entends qui toussent dans le fond!). On n’en est pas encore là, mais on est prêt à soutenir cette scène du mieux qu’on pourra. Rêvons un peu…

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

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