PSYCHIC ILLS – One Track Mind Somnambulisme urbain

(Sacred Bones 2013)

On parle régulièrement en ces pages de groupes californiens défoncés jusqu’aux oreilles qui jouent une surf music au ralenti sous l’appellation beach-goth. Les plus fumeux d’entre eux sont évidemment The Growlers qui se sont fait une spécialité de dodeliner sur scène les yeux mi-clos et demeurent le plus bel exemple de drug band en activité sur la côte Ouest américaine. Étonnamment, le véritable pendant East Coast de ces musiciens sous influence ne vient pas des plages floridiennes, mais de New York. Car si le rock psychédélique urbain de Psychic Ills n’a pas grand-chose de commun avec la pop sixties matinée de reggae des Growlers, les groupes semblent rivaliser en termes de consommation de stupéfiants. Disons-le franchement, à l’instar de ce Hung At Heart roulé par les californiens en début d’année, One Track Mind est un formidable album-pétard.

On se souvient avoir dit du précédent album de Psychic Ills qu’on avait l’impression qu’ils jouaient en dormant tant leur musique était léthargique. Cette torpeur, ajoutée à une tendance à toujours jouer sur le même immuable tempo, rendait Hazed Dream attachant mais difficile d’écoute sur une longue durée. Ce n’est absolument pas le cas de One Track Mind où le groupe varie les plaisirs. L’album s’ouvre sur « One More Time », titre digne du Brian Jonestown Massacre de « Straight Up And Down » avant de virer sur « See You There », titre shoegaze vaporeux, et « Might Take A While », titre stonien comme les Dandy Warhols en écrivaient à la pelle à l’époque de Thirteen Tales Of Urban Bohemia. Cette variété de styles abordés avec leur légendaire léthargie fait de One Track Mind un album équilibré et franchement emballant.

Le son de Psychic Ills est assez peu sophistiqué si on s’y penche (batterie peu nerveuse mais métronomique, clavier voilés, basse qui serpente doucement, guitare lead tournoyante, chant murmuré) et permet au groupe de poser ses mélodies tranquillement. Ce qui frappe dans cet album, c’est son côté apaisant. La voix posée de Tres Warren y est pour beaucoup. Le calme qu’il dégage en chantant donne une couleur unique à l’album. Mettez « See You There » dans les mains des Black Angels et ils en feront un morceau oppressant aux basses vrombissantes et au chant habité. Interprété par Psychic Ills, ce titre éthéré ressemble à une déambulation somnambulique. C’est à la fois étrange et jubilatoire.

Dans cet assemblée de chansons reposées, « Depot » est sans aucun doute celle qui nous a le plus marqué avec son rythme lancinant, son refrain lancé de façon fabuleuse par Warren (« Whatever you’re sellin I ain’t buying » dit-il à son dealer alors qu’il maraude dans une gare désertée). On y retrouve ce qu’on aime le plus chez Psychic Ills et que le groupe maîtrise avec brio : le sens de la rupture. Alors que les guitares tissent un rythme insistant sur le couplet, elles cessent soudainement pour laisser place à un accord lumineux joué au clavier. C’est simple, mais ça lance le refrain de façon idéale. Quant au superbe solo de guitare de ce même morceau, sa mélodie pourrait être un morceau à part entière.

Il y a quelques passages magiques dans cet album de Psychic Ills : on pense à « I Get By », digne du répertoire d’Anton Newcombe encore, ou ce « FBI » qui avance au ralenti et possède des guitares inversées qui lui donnent des airs de mirage. Ce morceau est traversé de passages surréalistes où seule la batterie joue un rythme très lent et où on a l’impression que le groupe s’est assoupi à mi-chemin. On pourrait dire la même chose du krautrock mou de « Western Metaphor » que le groupe parvient toutefois à rendre plus hypnotique que soporifique. On a rarement entendu groupe aussi doué pour maintenir l’esprit de l’auditeur éveillé tout en avançant sur un faux-rythme. C’est ce qui fait la force de Psychic Ills, créateurs d’un rock psychédélique somnambule, apathique par moments, mais jamais chiant.

 

 

Tracklisting :

1. One More Time *
2. See You There
3. Might Take A While *
4. Depot *
5. Tried To Find It
6. FBI *
7. I Get By *
8. City Sun
9. Western Metaphor *
10. Drop Out

 

Vidéo :

« One More Time »

« Depot »

 

Vinyle :

Psychic Ills - One Track Mind

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

20 Comments

  1. une expérience des plus agréables en concert, ne serait-ce que pour ‘Take me with you’ ou l’hypnotique ‘Radar Eyes’ (extrait du 7″ accompagnant l’édition limitée de One Track Mind), un incroyable
    moment de groove planant, sur un seul accord!
    Petite déception personnelle, ‘Depot’ ne faisait pas partie de leur setlist, dommage.

  2. Excellent disque je sais pas encore, mais excellente chronique c’est certain (faites chier putain, j’ai plus de thunes!). Je me faisais la réflexion l’autre jour à propos de celle du Blackfeet
    Braves (et en particulier du passage sur les solos de la première chanson, faramineux, me dis-je avec le recul), vous arrivez à faire aimer des trucs avant qu’on ait pu les écouter, ah
    ah 

  3. Sarko aussi avait le sens de la rupture (à ce qu’il paraît)

    Pauvres Cosmonauts, pauvres Psychic Ills, ils n’ont pas mérité ça…

    Un disque que j’ai bien apprécié : y a moins de phaser/flanger/chorus, et comme c’est écrit plus haut, c’est moins monotone.

  4. Ahah mais la phrase de Yves m’a plutôt fait marrer (je suis bon public). Par contre, déprécier un groupe uniquement à cause de la couleur de ses pédales d’effets ça me fait légèrement penser à
    des choses pas très très cools qui se sont passées de l’autre côté du Rhin dans les années 30-40 :/

  5. Franchement, il faut les voir en concert… Leur « léthargie » prend tout son sens… J’espère que vous vous êtes régalés, bande de parisiens!!!

    Merci en tout cas pour ce site irremplaçable.

  6. une expérience des plus agréables en concert, ne serait-ce que pour ‘Take me with you’ ou l’hypnotique ‘Radar Eyes’ (extrait du 7″ accompagnant l’édition limitée de One Track Mind), un incroyable
    moment de groove planant, sur un seul accord!
    Petite déception personnelle, ‘Depot’ ne faisait pas partie de leur setlist, dommage.

  7. Excellent disque je sais pas encore, mais excellente chronique c’est certain (faites chier putain, j’ai plus de thunes!). Je me faisais la réflexion l’autre jour à propos de celle du Blackfeet
    Braves (et en particulier du passage sur les solos de la première chanson, faramineux, me dis-je avec le recul), vous arrivez à faire aimer des trucs avant qu’on ait pu les écouter, ah
    ah 

  8. Sarko aussi avait le sens de la rupture (à ce qu’il paraît)

    Pauvres Cosmonauts, pauvres Psychic Ills, ils n’ont pas mérité ça…

    Un disque que j’ai bien apprécié : y a moins de phaser/flanger/chorus, et comme c’est écrit plus haut, c’est moins monotone.

  9. Ahah mais la phrase de Yves m’a plutôt fait marrer (je suis bon public). Par contre, déprécier un groupe uniquement à cause de la couleur de ses pédales d’effets ça me fait légèrement penser à
    des choses pas très très cools qui se sont passées de l’autre côté du Rhin dans les années 30-40 :/

  10. Franchement, il faut les voir en concert… Leur « léthargie » prend tout son sens… J’espère que vous vous êtes régalés, bande de parisiens!!!

    Merci en tout cas pour ce site irremplaçable.

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