THE HUNCHES – Exit Dreams Album de chevet

(In The Red 2009) 

Notre histoire avec les Hunches est indissociable d’une anecdote mémorable qui s’est déroulée en mars 2003 à Glasgow. De passage en Ecosse pour les vacances, on était allé voir le groupe sur la foi d’une chronique élogieuse de leur premier album dans Rock & Folk, dans une salle qui s’était avérée être le sous-sol d’un pub miteux. La foule ne dépassait pas la vingtaine de personnes, et on s’amusait de voir tous ces écossais enquiller les pintes et interagir avec les médiocres groupes de première partie dans de doux braillements. A l’issue de ces concerts, les Hunches furent appelés à monter sur scène. C’est alors qu’on vit le type le plus imbibé de la salle s’extirper du canapé dans lequel il cuvait pour monter scène. Le reste des troupes le suivit bientôt : un batteur cossu, une bassiste tatouée et un guitariste à la moue boudeuse. Le groupe se lança alors dans une musique d’une rare violence, et le cadavre aperçu plus tôt s’éveilla subitement pour se révéler comme un chanteur au charisme éclatant. Grand, mince, se cognant la tête régulièrement contre le plafond très bas du sous-sol, plongeant dans le public disséminé pour se ramasser lamentablement par terre, Hart Geldhill donna ce soir là une grande leçon de rock’n’roll. Nul besoin de dire qu’à partir de là on a suivi la carrière du groupe de près.

C’est avec tristesse qu’on a appris en 2009 la séparation du groupe, arrivée après plusieurs années de silence. Un événement doublé néanmoins d’une bonne nouvelle : le troisième album des Hunches allait tout de même sortir, un faire-part d’adieu en forme de chef d’œuvre nommé Exit Dreams. Si les Hunches ont ainsi baissé pavillon c’est que le monde ne les a jamais vraiment compris. Malgré le timing parfait de leur émergence au milieu de la vague rock du début des années 2000, leur intégrisme les a confinés à un public restreint. Trop nerveux pour les fans des Strokes, trop crades pour les amateurs de garage poli façon Hives, les Hunches ont traversé le mouvement comme des ombres, perpétuels outsiders à l’image des Clone Defects, autres fous bruitistes refusant les compromissions.

The Hunches sont ainsi morts avec leurs idées, et ont laissé les meilleures d’entre elles s’exprimer sur leur dernier album ironiquement intitulé Exit Dreams. Enregistré dans un studio analogique à Portland dans une ambiance délétère – le groupe se savait en fin de course –, ce disque possède tous les ingrédients qui ont fait des Hunches un groupe fascinant à suivre : énergie, intensité, son brut et violent, idées farfelues (cette fois-ci le groupe a enregistré des douches et des explosions de ballons de baudruche) et, plus important, grands morceaux.

Exit Dreams diffère de ses deux prédécesseurs (Yes. No. Shut It et Hobo Sunrise) par son approche moins nerveuse, plus bruitiste. En dehors de « Ate My Teeth » et « Pinwheel Spins », morceaux explosifs envoyés avec une férocité que peu de groupes possèdent, l’album évolue dans le registre d’un garage sombre et saturé, déséquilibré, désarticulé dirait-on tant les morceaux partent dans mille directions à la fois. On pense là à « Deaf Ambitions » qui commence de façon distordue, puis vire en trip lo-fi acoustique, ou à « From This Window », pièce aussi bancale que troublante, pleine de reverb et d’idées de mélodies qui s’enchevêtrent. Un des grands moments de l’album, où le désespoir du groupe frappe. Dans le même genre on trouve aussi « Not Invented », grand morceau de lose qui évoque le rock indé lo-fi du début des années 90, et « Fall Drive » ballade bruitiste traversée de déflagrations de fuzz proches de l’attentat sonore.

Album difficile de premier abord – trop d’idées, trop de saturation, trop de variations entre noirceur et lumière aveuglante pour le cerveau humain – Exit Dreams se révèle sur la durée comme un disque parfait. N’appartenant à aucun genre identifiable mais parfaitement cohérent, cet album ne possède aucun morceau moyen, pour peu qu’on adhère aux choix soniques intégristes du groupe et qu’on se laisse emporter dans le délire des Hunches. Quiconque aimant le punk garage lo-fi bruitiste et les idées aventureuses devrait faire de Exit Dreams un de ses albums de chevet.

 

 

Tracklisting

1. Actors *
2. Ate my Teeth
3. Not Invited *
4. Deaf Ambitions *
5. From This Window *
6. Carnival Debris
7. Street Sweeper *
8. Your Sick Blooms
9. Pinwheel Spins
10. Fall Drive *
11. Unraveling
12. Swim Hole *

The Hunches sur In The Red : www.intheredrecords.com/pages/hunches.html
Le label a par ailleurs publié un album des Hunches composé de chutes de studio et d’extraits live intitulé Home Alone 5.

 
Vidéos :

« Actors »

 
« Not Invited »
 
 
« Deaf Ambitions »
 

 

Vinyle :

The Hunches - Exit Dreams

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

10 Comments

  1. C’est sympa d’avoir des nouvelles des Hunches! Triste nouvelle que leur séparation. Il y a un vrai feeling « Pixies » il me semble aux quelques chansons que tu as proposées à l’écoute. La voix du
    chanteur me fait penser à celle de Frank Black. Après le rock à synthé des années 80, va-t-on vers un revival « indie rock 90s »?

  2. J’adore cette phrase « Quiconque aimant le punk garage lo-fi bruitiste et les idées aventureuses devrait faire de Exit Dreams un de ses albums de chevet », ça fait tout de suite
    intellectuel

  3. Encore des grands perdants de leur génération. Magnifiques Hunches; en comparaison, nombre de leurs contemporains paraissent dérisoirement mignons. Les deux autres albums sont tout aussi
    essentiels.

  4. Un authentique chef d’oeuvre! Merci Planet Gong d’en faire la publicité! J’adore « Street Sweeper », l’un des meilleurs morceaux du groupe a mon sens.

  5. Encore des grands perdants de leur génération. Magnifiques Hunches; en comparaison, nombre de leurs contemporains paraissent dérisoirement mignons. Les deux autres albums sont tout aussi
    essentiels.

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