THEE OH SEES – Carrion Crawler / The Dream EP Au sommet

(Castle Face 2012)

… et pendant ce temps là les Oh Sees continuent de sortir des disques. Rappel des faits : la dernière fois qu’on avait parlé du quatuor phare de San Francisco, c’était à l’occasion de la sortie de la délirante compilation Group Flex, sorte de revue d’effectif des meilleurs groupes de la Bay Area conçue par John Dwyer et publiée sous forme d’un livre-disque sur son propre label Castle Face. Thee Oh Sees y livraient deux instrumentaux psychédéliques qui contrastaient avec la collection de chansons pop acidulées-bizarroïdes que le groupe avait publié en début d’année, l’inégal mais globalement excellent Castlemania.

Depuis, le groupe a beaucoup tourné, passant même en France à l’occasion de l’incontournable festival Cosmic Trip. De cette tournée est née une association explosive avec le groupe australien Total Control (composé de membres d’Eddy Current Suppression Ring) qui accompagnaient les Oh Sees sur la route. Un split album (où chaque groupe jouait sur une face) sortit dans la foulée, tant les deux groupes s’étaient mutuellement plu. Un exercice savoureux qui ne faisait pourtant office que d’avant-goût pour la suite : Carrion Crawler/ The Dream, nouvel album bouillant pour lequel le groupe s’est réinventé en augmentant son line-up d’un nouveau  musicien.

Ce nouveau venu au sein des Oh Sees est loin d’être un inconnu : il s’agit de Lars Finberg, cerveau et guitariste du trio garage The Intelligence (7 albums sortis sur des labels tels que Born Bad et In The Red) qui a splitté récemment (par le terme « splitté » on s’avance peut-être, notons simplement que monsieur et madame se sont séparés civilement et qu’on ignore si le groupe va survivre à cette désunion). Finberg rejoint donc les Oh Sees, mais pas au poste qu’on pourrait imaginer. Là où le groupe frappait jadis par la particularité de sa formation (deux guitares, une batterie, un clavier), Dwyer n’a pas jugé bon de combler le poste vacant de bassiste mais a préféré défier encore plus les conventions. Finberg vient donc prêter main forte en tant que second batteur, avec pour mission sans doute de rendre le son du groupe encore plus hypnotique et lourd.

Autant dire que ça fonctionne plutôt bien car Carrion Crawler/ The Dream  est, de la discographie du groupe, le disque le plus rythmique et tribal. Porté par le martèlement implacable de la double-batterie, les Oh Sees s’y approchent le plus de leurs performances scéniques psychédéliques qui entrainent vers une transe presque kraut par moments. On est très loin de l’univers acid-folk mélodique et excentrique de Castlemania. Thee Oh Sees reviennent ici aux racines de leur rock’n’roll kaléidoscopique ; aux riffs de guitare insistants et aux grooves répétitifs, aux hululements rythmés et aux blips-blips minimalistes aux claviers. Le groupe présente ce disque non comme un album mais comme un EP composé de deux parties (avec en face A celle menée par la barrettienne « Carrion Crawler », et en face B la moitié ouverte par le krautrock frénétique de « The Dream »). Une incongruité de plus dans la discographie d’un groupe qui s’amuse à brouiller les pistes et qui démontre avec brio que la profusion de ses publications ne nuit pas à sa créativité.

On a reproché au groupe au moment de la sortie de ce Castlemania un peu foutraque une certaine dispersion. On s’imaginait qu’en prenant le temps de faire le tri et de souffler un peu, les Oh Sees accoucheraient enfin de leur chef d’œuvre insurpassable, de ce disque qui les ferait dépasser leur statut de groupe culte. On s’est planté. Parce que c’est justement en évacuant ses obsessions pop acidulées sur Castlemania que Dwyer a pu se concentrer sur ce rock’n’roll psychédélique à la dynamique kraut qui fait aujourd’hui de Thee Oh Sees un des groupes les plus explosifs de la planète garage. Les lignes de basse – jouées à la six-corde par le génial Petey Dammit –  tournoient (« Chem-Farmer », « Opposition »), obsèdent même (« The Dream », « Crushed Grass »), la rythmique est souveraine, la guitare de Dwyer insistante, le groupe sonne comme jamais : Carrion Crawler / The Dream est sans doute le disque le plus complet et satisfaisant sur la durée accompli à ce jour par les Oh Sees. Le groupe y développe pleinement les idées ébauchées sur Warm Slime et va jusqu’au bout de ses intentions, empli d’une rage et d’une énergie folle. Une expression comme « album de l’année » est souvent galvaudée, mais dans le cas de Carrion Crawler / The Dream, peu nombreux sont les enregistrements sortis en 2011 qui peuvent lui contester ce statut.

 

  

Tracklisting :

A1         Carrion Crawler  *
A2         Contraption/Soul Desert
A3       Robber Baronsgang.png
A4         Chem-Farmer  *
A5         Opposition *
B1          The Dream  *
B2         Wrong Idea  *
B3         Crushed Grass
B4         Crack In Your Eye
B5         Heavy Doctor

 

Vidéos :

« Contraption / Soul Desert »

 
« The Dream »
 

 

Vinyle :

Thee Oh Sees – Carrion Crawler / The Dream EP

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

9 Comments

  1. la deuxième guitare fait office de basse dans les oh sees, enf ait c’est une basse jouée sur une guitare 😉 ligne et son de basse, sur un ampli basse, c’est peut être pour un aspect pratique que
    le gus joue ça sur une guitare 6 cordes…voilà c’était juste pour chipoter, mais c’est important car le nouveau musicien n’aurait pu intégrer le groupe pour occuper une place déjà prise!

  2. et j’espère quand même qu’un jour Dwyer se remettra à écrire et enregistrer des morceaux folk pop barrettien comme sur castlemania car il excelle dans le domaine !!

  3. C’est la première chronique de ce disque aussi enthousiaste que j’ai pu lire jusqu’à présent! Bon, je vais essayer de l’acheter demain, si c’est comme ça.

     

    Il me semblait que vous aviez chroniqué la compilation de singles, je la trouve pas. J’ai rêvé, ou…?

  4. A noter une certaine ressemblance entre le titre quickstep de The Clean et contraception/soul desert de Thee Oh Sees, vous qui en parliez comme référence majeure  des groupes de garage
    actuel, je vois maintenant de quoi il s’agit. 

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