AMBOY DUKES – Journey To The Center Of The Mind One hit wonders

(Repertoire 1968)

Drôle d’album que ce deuxième opus des Amboy Dukes. Hésitant entre blues pur et dur, hard-rock spectaculaire (presque pompier par moments, notamment à cause des solos démonstratifs de Ted Nugent) et ballades psyché, le groupe de Detroit cherche sa voie et propose un album pataud, un peu emprunté, loin de la fraîcheur de son excellent premier album de 1967 (The Amboy Dukes). Aujourd’hui pourtant, Journey To The Center Of The Mind est considéré comme un classique du rock psychédélique américain, ce qui a de quoi surprendre à première écoute…

L’album commence doucement. Après un blues inaugural qui ferait frémir tout fan de punk (le classieux « Mississipi Murderer », quelle idée d’ouvrir un album rock avec ce morceau au tempo si lent ?), les Amboy Dukes se lancent dans leur hard-rock enflammé avec « Surrender To Your Kings » qui marque le vrai départ de l’album. Un rock’n’roll teigneux porté par une ligne de basse insistante et qui s’envole lors d’un premier solo incendiaire de Ted Nugent. Etrangement, l’album continue avec le morceau « Flight Of The Byrd », plus groovy, qui coupe l’élan de l’album et contribue à instaurer un faux rythme. Dans la foulée, l’étonnant « Scottish Tea », pastiche de morceau médiéval avec une guitare un rien bavarde rend les choses un peu plus confuses.  La face A s’achève dans le flou avec « Dr. Slington », une tentative un peu trop visible de sonner comme Cream.

La face B est meilleure. Quelques morceaux plus ouvertement psychédéliques et mélodiques, comme cet « Ivory Castles » qui évoque les Yardbirds grégoriens et se fond dans la fascinante « Why Is A Carrot More Orange Than An Orange », emballent vraiment. Parmi quelques pistes moyennes en fin de disque (« Death Is Life »,  « Saint Phiips’s Friend »),  la bondissante « I’ll Prove I’m Right »  vient relever le niveau. Malgré tout leurs efforts et la puissance de leur rythmique, les Amboy Dukes sont sur la plupart des morceaux moins bons que ce que faisait la concurrence à la même époque. Un groupe compétent, mais souvent anonyme.

Pourquoi alors parler de cet album plus de 40 ans après ? Parce qu’il contient un morceau énorme, unique, un de ces moments qui transforme un album moyen en classique absolu. « Journey To The Center Of The Mind », morceau-titre de l’album, demeure la signature du groupe, son Everest, une épopée de 3 minutes 33 à la rythmique démentielle qui démarre par un solo sublime de Ted Nugent et explose dans une mélodie irrésistible, frappée de ruptures et d’éclairs de guitare. Le thème de la chanson, qui parle de voyage intérieur, est une incitation implicite à la consommation de drogues. La couverture représentant des dizaines de pipes à haschisch n’est pas là pour contredire cette interprétation. Ted Nugent y est magnifique en soliste débridé, le guitariste rythmique Steve Farmer joue à une vitesse inouïe, et le groupe se met au niveau de ses deux têtes de files pour produire un morceau extraordinaire. « Journey To The Center Of The Mind » se trouve en début de face B, au cœur du disque, et le fait basculer dans un autre univers.

Par ce morceau, les Amboy Dukes ont gagné leur place dans le panthéon du rock, une gloire qu’aucune des atrocités commises par Ted Nugent pendant les années 70 et 80 n’arrive à entacher. Si l’album avait été un peu mieux foutu (ordre des morceaux plus fluide, moins de morceaux inutiles), on pourrait parler de bon album, voire de chef d’œuvre. On n’utilisera malheureusement ce terme que pour le single « Journey Through The Center Of The Mind », mais Amboy Dukes ont néanmoins réussi en un seul morceau à marquer l’histoire du rock. Nous leurs en sommes reconnaissants.

 

 

Tracklisting : 

  1. Mississippi Murderer
  2. Surrender to Your Kings  *
  3. Flight of the Byrd
  4. Scottish Tea  *
  5. Dr. Slingshot
  6. Journey to the Center of the Mind  *
  7. Ivory Castles
  8. Why Is a Carrot More Orange Than an Orange  *
  9. Missionary Mary
  10. Death Is Life
  11. Saint Philips Friend
  12. I’ll Prove I’m Right
  13. Conclusion

 

Vidéos :

« Journey To The Center Of The Mind »

 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. n’étant plus de la première jeunesse et ayant traversé toutes les décennies rock’n rollesques je connaissais évidemment le Tad mais ce groupe m’était parfaitement inconnu. Du coup je suis parti sur youtube me faire un petite série.
    merci pour cette re découverte

  2. Ah les Amboy Dukes ! très bon premier album et surtout comme tu le soulignes remarquablement ils ont pondu un des meilleurs morceaux des 60’s qui donne son nom à l’album.

    Sinon le premier Ted nugent n’est pas infâme… c’est après que ça se dégrade.

  3. Le cas Nugent, c’est difficile – on a envie de l’aimer, il peut être terrifiant de technicité et de mélodicité et le titre d’après balancer un gros coup de bazooka rock ricain et puis ce personnage
    à la con, tout de même… Perso, petite faiblesse pour le méconnu Tooth, Fang And Claw des Amboy Dukes en 1974…

  4. J’ai pas trop envie de l’aimer ce facho réac adepte de la NRA…
    Musicalement ce qu’il fait en solo c’est assez insupportable aussi. Ou faut aimer le hard rock bien gras.

Répondre à Monzoeil Annuler la réponse.

Ce site utilise Akismet pour réduire les indésirables. En savoir plus sur comment les données de vos commentaires sont utilisées.