HUSHPUPPIES – The Trap Le nouveau rock'n'roll français

(Diamondtraxx 2005)

Après des années de disette, de variétoche imbuvable, de groupes confidentiels ou de seconde division, le rock français se réveille… En tous cas, on nous ressort le couplet depuis quelques années et l’émergence de groupes au pedigree rock impeccable comme A.S.Dragon ou The Parisians (qui ont failli ne pas survivre à toute la hype crée par leur amitié avec les Libertines). Depuis quelques mois, Rock’n’Folk dédie plusieurs pages par mois à la nouvelle scène parisienne, au risque de cramer des mecs de 16 ans par les deux bouts. Immortalisée dans une compilation intitulée Paris Calling, cette scène en gestation porte en elle le rock français de demain mais demeure bien tendre face aux nouveaux poids lourds venus de Perpignan qui viennent de sortir un premier album de très grande classe.

Hushpuppies, comme leur nom l’indique, sont mods jusqu’au bout des chaussures. Leur son s’inspire du meilleur des groupes issus de ce mouvement anglophile des années 60 (Small Faces, Who, Yardbirds, Creation) et leur style – musical, vestimentaire – s’en ressent fortement. Erudits, classieux, incroyablement énergiques, capables d’écrire des mélodies qui frappent par leur spontanéité, Hushpuppies n’ont pas d’équivalents dans la scène punk hexagonale aujourd’hui.

The Trap, leur premier album, est une merveille garage-rock sixties. Intégralement chanté en anglais, cet album dévoile un groupe autant à l’aise dans le registre garage que celui de la ballade pop psychédélique. Dans le premier cas, leurs morceaux sont rapides et mélodiques et s’appuient sur des riffs gagnants, une section rythmique impeccable et le feulement rock’n’roll du chanteur Olivier Jourdan, à la voix puissante et à l’accent british parfait. Leur énergie frappe dès le début de l’album et un trio de morceaux supersoniques : « 1975 » met une première claque et s’enchaîne sans pause avec un « Packt Up Like Sardines In A Crushin Box » au refrain jouissif. Immédiatement après, arrive le riff génial de « You’re Gonna Say Yeah! » crée par un dialogue basse/guitare aux airs de dispute. Ebouriffant.

La première pause arrive avec « Marthelot ‘N’ Clavencine », morceau pop parfait porté par un clavier qui nous rappelle les Seeds et qui s’envole à mi-parcours dans des mélopées aériennes avant de retomber sur ses pieds. Hushpuppies sont très à l’aise dans cet exercice difficile de la chanson pop. Leurs compositions sont toutes portées par des lignes de basses mélodiques qui ne sont pas sans rappeler les Beatles psychédéliques ou le Gainsbourg pop. Les intro de « Sorry So » et « Alice In Wonderland » (morceaux brillants qui se terminent en Buzzcocks sous LSD), et la ritournelle  tournoyante de « You and Me » portent les marques de ces influences. Dans le registre pop sixties, les fans des Stones de Between The Buttons apprécieront l’ultime « Automatic 6 », hymne

Plus fort encore, le groupe se montre capable de réelles prouesses dans des domaines plus confidentiels comme le rock indépendant US avec cette « Comptine » planante qui rappelle Sparklehorse ou encore dans du space-rock emballant avec « Bassautobahn » au titre krautrock qui rappelle les meilleurs moments de Burgalat Meets AS Dragon.

Le point fort du groupe demeure néanmoins ces pépites garage-punk incandescentes telles que l’énervé « Pale Blue Eyes » porté par un riff martelé et un refrain hurlé en chœur et le morceau intitulé « Single », puisant, mélodique et racé. Hushpuppies savent envoyer des punks lourds et rythmés sans tomber dans le cliché brouillon des groupes post-Libertines. Leur son est aéré, porté par une rythmique impeccable – cette basse! –, des riffs de guitare distordus mais jamais gras ni bavards et un chanteur qui s’époumone sans compter. L’arme secrète du groupe demeure néanmoins ce clavier virevoltant qui crée l’ambiance sixties et apporte un contrepoint aux guitares, illuminant ainsi les morceaux pop et punk d’Hushpuppies et les emmenant dans une dimension supérieure. Un quintet au son idéal qui pourrait apprendre deux ou trois trucs aux nouveaux venus britanniques de la scène rock. Les derniers vrais mods ne sont pas à Londres, ils viennent de Perpignan.

 

 

Tracklisting :

  1. 1975 *
  2. Packt Up Like Sardines In A Crushin Box *
  3. You’re gonna say Yeah
  4. Marthelot ‘N’ Clavencine
  5. Sorry so *
  6. Pale Blue Eyes
  7. Contine
  8. Bassautobahn *
  9. Alice in wonderland *
  10. Single
  11. You and me
  12. The trap
  13. Automatic six

 

Vidéo : 

« You’re Gonna Say Yeah »

 
« Single »
 

 

Vinyle :

Hushpuppies - The Trap

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

4 Comments

  1. Oui, enfin un groupe français qui peut se permettre une grosse ambition !
    Déjà vu et rencontré deux fois les bougres, ils sont calés en tout cas, et connaissent leurs Nuggets (pardon… Peebles, précisent-ils avec une ptite fierté dissimulée !) sur le bout des doigts !
    En tout cas, "Packt up like sardines…", quel morceau !

  2. Cet article est tellement vrai, notamment la premiere phrase! Je suis exile a Londres depuis de nombreuses annees et a chaque retour en France je suis desespere d’entendre le  "rock francais", une sorte de soupe des plus deprimantes aux paroles pseudo-intellos. Ces paroles qui sont d’ailleurs parlees de facon melancolique, souvent accompagnees au mieux d’une guitare seche assez basique et sans punch. Quand par hasard j’ai entendu les hushpuppies j’en ai eu le sourire aux levres comme si je venais d’entendre un nouveau BRMC, en ignorant totallement qu’il s’agissait d’un groupe francais! Alors bravo aux hushpuppies, cela fait plaisir d’entendre enfin un groupe de rock de chez nous, qui n’a rien de francais, et c’est tant mieux!!

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