BLACKFEET BRAVES – Blackfeet Braves Cooooool

(2012, sortie vinyle prévue en 2013 sur Lolipop)

En 2012, le beach-goth a la côte. De quoi s’agit-il ? D’un genre musical sans attaches créé par ces branleurs de Growlers dont la philosophie est de proposer un rock garage ralenti par les volutes de marijuana et les siestes sous le soleil, tout en célébrant un style de vie centré autour des barbecues sur la plage et des excursions en surf. De la pop ensoleillée lo-fi, de la surf-music pour stoners. The Growlers ayant décidé de se saborder en jetant à la poubelle un album enregistré avec Dan Auerbach – le peu qu’on en avait entendu nous avait pourtant plu –, leurs nombreux suiveurs ont occupé le siège vide en 2012 (mais rassurez-vous, The Growlers reviennent bientôt). Parmi tous ces jeunes groupes, l’un des plus convaincants sont les excellents Blackfeet Braves de San Diego, dont le premier album est apparu courant 2012 sur Bandcamp, et est longtemps resté en téléchargement gratuit (c’était avant que Lolipop ne décide de le sortir en vinyle).

A première écoute, quand l’album commence, l’impression de déjà entendu est tenace. On a l’impression de se trouver face à des nouveaux morceaux d’autres spécialistes de la pop californienne sixties tels The Coral ou Allah-Las. La comparaison avec ces derniers est récurrente dans le parcours des Blackfeet Braves car ils ont souvent partagé la même affiche lors de concerts californiens. S’ils ne possèdent pas l’entregent de ces derniers – protégés du producteur/chanteur ultra-hip Nick Waterhouse – qui ont pu signer sur un label bien distribué et exporter leur pop californienne dans le monde entier, les Blackfeet Braves ont d’autres atouts dans la poche. Leur album possède une belle collection de ballades pop aussi enfumées qu’ensoleillées, dont la pépite se nomme « Trippin’ Like I Do » avec sa guitare morriconienne. Pour le reste, « Open Up Your Heart » s’apparente à une de ces polka aux allures de chanson de marin susurrées par The Coral sur son premier album, « Misery Loves Company » et sa douze-cordes réchauffent le cœur des fans des Byrds, « Oh So Fine » évoque encore The Coral époque « In The Morning ». Tout ici nous renvoie vers la pop 60s ensoleillée et psychédélique comme on l’aime. On pourra seulement reprocher à cet album un manque de concision (il est plutôt mollasson et poussif sur la fin) et une production un peu étouffée où les voix sont trop en retrait et les basses un peu absentes. Blackfeet Braves n’ont par pour eux les refrains catchy et la production classieuse de leurs cousins Allah-Las mais ils possèdent néanmoins un truc que le groupe favori des hipsters en manque de soleil n’a pas : la coolitude.

Car à la différence des sages Allah-Las, les hirsutes Blackfeet Braves sont des véritables surfers je-m’en-foutistes dans la lignée des Growlers. Les thèmes de leurs morceaux en témoignent (« Trippin’ Like I Do », « Hanging Around », « High’n’Dry »), leur approche de la musique s’en ressent. Lorsque Blackfeet Braves jouent, l’insouciance et la joie de vivre découlent de leurs guitares. A-t-on entendu morceau plus décontracté que « Mystic Rabbit » cette année ? On en doute. Ce morceau à la mélodie limpide et aux paroles barrées contient le solo de guitare le plus jubilatoire de l’année. Le genre de truc qui fait basculer un bon morceau en tube (les anciens appellaient ça effet « Hotel California »). A mi-chemin de cette histoire lapinesque, après couplets et refrain réglementaires, le guitariste Shane Stotsenberg se lance dans un premier solo, agréable mais ordinaire, proche d’ailleurs de ceux que proposent les Allah-Las. Arrive alors le soliste Julian Ducatenzeiler qui, bénéficiant de la respiration apportée par ce premier passage instrumental, se lance dans un exercice de style superbe, un solo tout en notes retenues puis étirées façon Jorma Kaukonen. Autant dire que quand revient le refrain après ce passage jubilatoire, le morceau n’est plus le même. La coolitude irradie alors du groupe qui bénéficie de cet effet sur une bonne partie du disque. Le revers de la médaille est qu’au fil de l’album qui s’ensuit, on recherche dans les morceaux suivants d’autres moments de grâce du même acabit, mais le soliste se fait plus sobre, ce qui est un peu triste (cela dit, on peut aussi se féliciter du fait que Blackfeet Braves n’entrent pas dans la surenchère de soli à la Santana, mais bon…). Quoi qu’il en soit, ce coup de génie lance l’album de façon flamboyante, et comme les morceaux qui le suivent sont admirables, ce premier essai des Blackfeet Braves est recommandé.

 

  

Tracklisting :

  1. Mystic Rabbit *
  2. Trippin Like I Do *
  3. Open Up Your Heart *
  4. Misery Loves Company
  5. Please Let Me Know
  6. Dockweiler
  7. Oh So Fine
  8. Cloud Nine *
  9. Stranger Lovers
  10. Hangin’ Round
  11. Vicious Cycle
  12. High ‘n’ Dry

 

 Vidéo :

« Vicious Cycle »

 
« Strange Lovers »
 
 
Un docu très con sur le groupe
 
 

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

7 Comments

  1. Merci pour la réponse. J’étais allé faire un tour sur la page bandcamp du groupe mais il n’y a que le single en téléchargement. On attendra février alors…

    J’en profite pour saluer le retour des chroniques de disques. Très apprécié!

  2. Yes, j’adore tout ce qui est pop, sixties, enfumé, et ensoleillé. Puis je défend le même mode de vie façon « coolitude » fait de barbec, de plages, de surf… Même si je le suis pas du tout. En
    tout cas ça m’a bien mis en appétit. 

    A quand une petite chronique sur les Frowning Clouds de la part de la rédac’ ? Allé, rien qu’un petit single… 

Laisser un commentaire