THE RACONTEURS – Broken Boy Soldiers Side project

(XL 2005)

On l’a écouté des dizaines de fois pour se faire un avis objectif, on a essayé de le trouver génial… pourtant cet album des Raconteurs n’est pas le chef d’oeuvre tant attendu. Le super-groupe de Detroit (Jack White des White Stripes + l’artiste solo Brendan Benson + la section rhytmique des Greenhornes) a accouché d’une souris alors qu’on attendait un Elephant. Le premier faux pas de Jack White?

Broken Boy Soldier n’est pas un mauvais album, loin de là, il est juste à quelques millions de kilomètres du disque rock’n’roll qu’un bouche à oreille manipulateur nous avait fait espérer. Si la hype a fait son boulot – une source proche du groupe avait annoncé l’album comparable à Nevermind -, l’album n’atteint pas le niveau d’exigence auquel on attendait ce groupe composé de musiciens de grand talent.

Il semble que l’influence de Benson ait fait pencher le son du groupe vers un rock américain seventies dans la lignée de ses deux albums solo : gentil, excellent souvent, mais inoffensif. On est loin des Stooges. Le rock middle of the road de Benson l’a emporté sur la sauvagerie brute de White, lui arrondissant sérieusement les angles et mettant sous l’éteignoir l’artiste pour lequel on avait acheté ce disque. Tout cela s’effectue avec la bénédiction placide de Patrick Keeler et Jack Lawrence, qui ont aussi leur part de responsabilité dans la léthargie de cet album qui ne brille que par occasions.

La première d’entre elles est d’ailleurs placée de façon stratégique : « Steady As She Goes » ouvre l’album de la meilleure des façons avec sa mélodie taillée pour les radios US et sa ligne de basse simple et efficace. On pense au Love de Four Sail, on se dit que l’album promet… on retombe vite sur terre dès « Hands », première ballade pop mid-tempo d’un album qui en compte une demi-douzaine. On sait alors que Broken Boy Soldier ne sera pas un album blues, punk ou rock’n’roll teigneux mais un exercice scolaire de rock 70s proche de Free. « Together », « Call It A Day », « Blue Veins » versent tous dans cette veine reposée. Plutôt bon, mais déjà entendu.

Sur quelques morceaux, The Raconteurs réussissent néanmoins à nous emmener dans des territoires inconnus, comme avec « Intimate Secretary » porté par un synthé bourdonnant et des guitares vrombissantes et ce « Store Brought Bones » – sa descente d’orgue, son solo de guitare délirant – tendu du début à la fin. Ces deux morceaux singuliers sont peut-être les seuls à révéler une véritable cohésion au sein du groupe, une véritable identité. Peut-être les Raconteurs devraient-ils continuer dans cette voie là…

Toujours dans le chapitre des réussites, le groupe propose avec « Yellow Sun » une ballade acoustique idéale pour l’été (proche des Kinks période Village Green) qui illumine la fin d’album, un pastiche réussi de Led Zeppelin période III avec le morceau titre « Broken Boy Soldier » et un morceau groovy aux guitares baveuses (on pense parfois à Brian May, brrrr) mais étonnamment réjouissant, « Level ».

Pas de quoi crier au génie pour autant. Ce premier – très court – opus des Raconteurs est un excellent album de rock reposé, le genre de truc qu’on peut mettre en musique de fond, mais qui n’atteint pas les sommets atteints par les White Stripes. Si on en reparle encore dans quelques années ce sera grâce à ce tube qui reste en tête (« Steady As She Goes ») et parce que ce disque sera peut-être le premier d’une série marquant le retour d’un rock de facture plus classique. 

Ceux qui cherchent un album fulgurant et quasi-inédit (car très peu diffusé) où figure Jack White, feraient mieux de se dégotter l’indispensable Whatcha Doin de The GO où ses explosifs soli de guitare rendent le vinyle abrasif. Il est vrai qu’en 1999 le jeune Jack avait de l’énergie à revendre et tout à prouver. En 2006, il se fend d’un album adulte, respectable, fait avec ses meilleurs potes dans une ambiance relâchée. On est loin de l’urgence fauchée des White Stripes. Faut-il l’en blâmer pour autant? On ne peut lui en vouloir d’avoir réussi (sans compromission qui plus est…). Par ailleurs, Broken Boy Soldier n’est pas un album de riche ni une jam pourrie entre musicos à la Neil Young , ce qu’on aurait pu craindre.

La vraie question ici en fait demeure celle concernant Brendan Benson. Relégué au second plan (par la presse lors des interviews, et sur le disque où il n’est ni soliste ni chanteur principal), il semble pourtant être le cerveau derrière le son de cet album indubitablement plus proche de son gentil Lapalco que du magistral White Blood Cells. Crédité en tant que co-producteur (avec Matthew Kettle) et co-compositeur (avec White), son importance ne saurait être sous-estimée dans l’alchimie de ce groupe. De là à dire qu’il est l’unique responsable du mollissement et du recentrage de Jack White, il n’y a qu’un pas à franchir…

 

  

Tracklisting : 

  1. Steady, As She Goes *
  2. Hands
  3. Broken Boy Soldier *
  4. Intimate Secretary
  5. Together
  6. Level
  7. Store Bought Bones
  8. Yellow Sun
  9. Call It a Day
  10. Blue Veins *

 

Vidéos :

« Steady As She Goes »

 

  

Vinyle :

The Raconteurs - Broken Boy Soldiers

Eric

Rédacteur en chef, webmonstre, tête de veau, suiveur de modes, mauvaise foi.

6 Comments

  1. cet album visite pas mal de genre..et plutot avec succes je trouve.Bien sur on n’est loin de l’énergie brute du Duo frere et soeur White Stripes,mais je crois que ce disque n’est pas une fin en soi, et qu’ils devraient se remettre au travailpour un album 100% White Stripes.
    Cet album est un peu cour c’est vrai..mais que dire de celui des Dirty Pretty Things.
    Bon moi ces raconteurs me plaisent bien, on a là une bande de musicos qui touchent quand meme pas malet produisent du bon son.
    Maintenant que l’arrivée de l’album est été surmédiatisée..ouiche..mais que dire alors des sorties ciné..Lol
    @+

  2. j’ai vraiment du mal avec cet album parce que je ne reconnais pas Jack White. j’ai l’impression que The Raconteurs est le groupe avec lequel il jouait dans son garage quand il était jeune ! aimant beaucoup les Whites Stripes, je vois ce projet comme une régression musicale (ou pour être gentil, un virage à 180° – mais dans le mauvais sens – ).
    mais bon vivement que je vois ça sur scéne … pour peut être changer d’avis.

  3. j’ai vraiment du mal avec cet album parce que je ne reconnais pas Jack White. j’ai l’impression que The Raconteurs est le groupe avec lequel il jouait dans son garage quand il était jeune ! aimant beaucoup les Whites Stripes, je vois ce projet comme une régression musicale (ou pour être gentil, un virage à 180° – mais dans le mauvais sens – ).
    mais bon vivement que je vois ça sur scéne … pour peut être changer d’avis.

Répondre à Arbordelais Annuler la réponse.